Lecture intelligente 101: les coins ronds de Cornellier

8 janvier 2007 (12:24) | Canada, Québec, Politique | 2 commentaires | anglais

Bon, je l’admet d’emblée, Louis Cornellier, assigné à la couverture des essais québécois au Devoir, m’exaspère profondément. Capable d’être à la fois respectueux et critique, l’homme fait preuve d’une intelligence qui sue la sincérité et le dévouement à plus grand que lui-même, et c’est bien ce qui nous le rend rapidement sympathique. Par contre, ce qui rend le chroniqueur, professeur au collégial par-dessus le marché, si agaçant, c’est qu’on se heurte tout aussi rapidement avec lui, au noyau dur d’une perspective fermement ancrée dans une sorte de théologie de la libération dénuée de toute autocritique, et obsédée par la figure des vendeurs du temple, dont le caractère de repoussoir moral donne sa vraie structure à la “communauté de regard” dont Cornellier se fait le porte-parole.

Il n’est pas seul, en effet. Il y a même à cet égard un certain consensus chez une portion importante de notre élite intellectuelle, qu’on retrouve aussi beaucoup chez nos cousins français d’ailleurs, et dont on aura sans doute hérité ensemble, à partir d’un Malebranche rejettant la morale provisoire de Descartes (comme quoi la “spécificité nationale” n’a certainement rien à y voir), puis avec le Rousseau du noble sauvage et ses avatars romantico-idéalistes post-révolutionnaires, et jusque dans une conception des sciences sociales qu’on retrouve encore ici, par exemple, dans une part non-négligeable de la sociologie d’un Fernand Dumont, et plus encore de ses émules contemporains. Il suffisait en cours de route de prendre prétexte des succès impériaux d’anglo-saxons bien servis par une insularité qui les condamnait à l’efficacité si bêtement marchande, pour nous peindre nous-mêmes par compensation dans le coin d’un raffinement moral et spirituel qui ne se laisserait pas assimiler par ces barbares individualistes.

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Bin oui. Encore des grandes questions.

31 décembre 2006 (15:21) | Ce blogue et d'autres, Politique, Économie | Aucun commentaire | anglais

Aujourd’hui je serai bref. Bon, relativement bref. Après les quelques articles épars que j’ai publiés depuis que j’ai pignon sur la Toile, confronté à mon difficile apprentissage de la bloguerie, j’ai décidé d’orienter mes dernières idées de 2006 vers… 2007.

Histoire sans doute d’attendre à l’année prochaine avant de me jeter dans le vif, je me contenterai simplement de faire un tour du jardin des principales questions que je tenterai d’aborder dans l’année qui vient, avec un peu de pertinence espérons-le. Deux questions principales en fait, l’une plus en profondeur, l’autre moins. Ou plutôt deux aspects de la même question, à savoir: que diable arrivera-t-il à la gauche? Côté creux, sera-t-elle enfin capable de se repenser elle-même de manière à faire face pour de bon à la réalité? Et côté bosse, comment y transformera-t-elle ses avatars, son incarnation donc dans cette même réalité?

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Le souverainisme fatigué de Bernard Landry

23 décembre 2006 (09:33) | Québec, Politique | Aucun commentaire | anglais

Comprenons-nous bien. Je respecte le combat intellectuel que tente de livrer Bernard Landry en faveur de la souveraineté du Québec, et je ne doute pas une seconde de sa sincérité ou de son dévouement à une cause qui, à son avis, procède tout naturellement du véritable intérêt à long terme du peuple québécois. Je diffère d’avis pourtant, et si une chose devrait pouvoir vraiment clarifier le débat sur l’avenir de notre nation, ce serait bien de s’entendre, entre souverainistes et fédéralistes québécois, sur la proposition fondamentale à l’égard de laquelle il existe un simple désaccord de prévision: pour les premiers, la société québécoise verra sa langue et sa culture rayonner sur cette planète, plus fortement et plus longtemps plutôt que moins, si elle choisit de rompre avec son histoire Canadienne et de se donner un nouveau pays, alors que pour les autres, dont je suis, le même objectif est bien mieux assuré si notre société embrasse au contraire le partenariat politique qui la lie déjà à neuf autres provinces. Tout le reste n’est que rhétorique, stratégie et opportunisme. Nous valons toutes et tous mieux que cela.

Or une fois qu’on accepte de considérer la vraie question, l’argumentaire souverainiste, du moins tel qu’il se déploie dans les récentes lettres de Monsieur Landry à La Presse, incluant la toute dernière, publiée avant-hier, est tout simplement désespérant de vacuité. Rien, nulle part, pour montrer que les ressources nécessaires au développement de notre culture seraient plus importantes dans un Québec indépendant. Rien. Que dalle. Qu’en reste-t-il en effet, de cet argumentaire, une fois qu’on a balayé les absurdes et méprisants appels à une dignité collective déjà bien vivante, respectable et assumée au sein du Canada, d’autant que le sacrifice d’une part de marge de manoeuvre locale permet d’augmenter notre influence autrement, ne serait-ce qu’en exerçant le quart du pouvoir fédéral sur un territoire, avec ses ressources et sa population, de sept fois la grandeur du nôtre? Ou alors nous demanderait-on d’affranchir un peuple de dieu sait quel joug en échange de pouvoirs qu’on saurait d’emblée incapables de renverser les conséquences d’un nouvel isolement entre deux océans, l’un sans clientèle et l’autre insensible au fait français, y compris désormais au nord du 45e parallèle? Mystère.

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La politique des artistes québécois: saine ou archi-saine?

19 décembre 2006 (11:50) | Québec, Politique | 4 commentaires | anglais

Dimanche soir, l’acteur Marc Béland a terminé ses remerciements pour le Masque du meilleur comédien en lançant un “qu’est-ce qu’on attend pour se faire un pays?” chaudement applaudi, me laissant du coup quelque peu inconfortable, voire inquiet. Moins en tant que fédéraliste qu’en tant que Québécois d’ailleurs. En fait, mon inquiétude tient à l’état de la question nationale dans ce domaine particulier du discours public qu’occupent les personnalités qui forment le matériau vivant de notre culture, un domaine dont on attendrait, à tort ou à raison, qu’il offre un espace hors-censure, hors-partisannerie, hors-programme, à des questionnements citoyens qui toucheraient la même humanité, et tendraient autant à l’universel que le font les thèmes éternels de la littérature et de l’art en général: l’amour, la mort, le déchirement, le dépassement de soi vers l’altérité. Et pourtant…

Sans doute cette question, cette inquiétude, renvoie-t-elle à une culture construite sur une volonté collective de survivance, encore et toujours elle, marquée par une appartenance qu’on présume salvatrice, à un terroir catholique rassurant par sa prévisibilité même, je ne sais trop, et je ne veux pas trop me perdre non plus en spéculations supplémentaires sur un passé déjà hyper-spéculé, magnifié dans sa quasi-essence paradoxale de prison libératrice. Toujours est-il qu’il n’est pas nouveau que les artistes québécois qui se permettent de prendre la parole publique sur les questions politiques - et outre la souveraineté du Québec, le rejet du paradigme marchand en est un corollaire, dirait-on, presque obligé - le fassent dans une quasi-unanimité dont, il me semble, on doit pouvoir s’inquiéter.

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De retour du congrès libéral

6 décembre 2006 (17:11) | Canada, Politique | Aucun commentaire | anglais

Pour les fédéralistes québécois tous (multi-)nationalismes confondus, les derniers mois auront sans doute paru comme une série de montagnes russes, dont les descentes et les virages les plus corsés se seront concentrés dans l’ultime journée verdissante de notre gros congrès rouge. Ce fut nettement le cas pour moi - un rush analytique de tous les instants, et un résultat que je vais devoir continuer de digérer encore longtemps, à l’évidence. Maintenant que les forces se réalignent après une surprise politique plus grande encore que la motion sur la nation de Stephen Harper, c’est un tout nouveau paysage qui émerge, assez fascinant d’ailleurs, d’autant que nos réflexes habituels ont été si habilement déstabilisés. Le parti Libéral a sans aucun doute fait le plus audacieux des paris cette fin de semaine, mais si le nouveau patron joue bien ses cartes, et il en a d’excellentes, le magot pourrait être assez substantiel merci.

Naturellement, et parce qu’il est toujours plus facile de prédire le passé que l’avenir, ce que je viens d’écrire est totalement dénué de signification pour le Québécois nationaliste radical typique. Du point de vue de ce dernier, et je le connais pour en avoir déjà été un, si une chose devait être attendue du parti de Pierre Elliott Trudeau, c’était bien qu’on y fasse le choix stratégiquement calculé d’une autre tête francophone sur l’hydre coloniale, encore un “p’tit gars” de quelque part au Québec qui ferait la job de bras des maudits Anglais. Je serais même prêt à parier que plusieurs de nos amis, de nos collègues et de nos parents souverainistes sont en ce moment même tout aussi convaincus que le plus banal théoricien de la conspiration, que toute cette histoire de nation autour de Michaël Ignatieff, et même que tout l’argent et le pouvoir qui se sont déversés sur sa campagne et sur celle de son rival Bob Rae, n’étaient rien d’autres que des diversions savamment orchestrées pour faire “paraître” Stéphane Dion comme un choix des gens ordinaires, ces citoyens et citoyennes qui ont bien plus d’espoirs et de bonnes intentions que de réel pouvoir colonial. Si je peux me permettre une brève digression linguistique d’ailleurs, il y a quand même quelque chose d’assez intéressant dans le fait que l’équivalent anglophone de ce qu’on appelle très pyramidalement “la base” chez nous, par opposition constructiviste/corporatiste au “sommet”, que donc ce qu’on appelle le “grassroot” en anglais implique une conception pas mal plus vivifiante de la démocratie, en attendant des citoyens qu’ils nourrissent celle-ci bien plutôt que de simplement la supporter. Évidemment pour certains ici, ce serait gênant d’oser penser qu’on puisse même avoir d’autres racines que celles qui plongent ni plus ni moins creux que dans le régime français. On aime mieux garder le contrôle sur l’histoire de notre différence plutôt que de s’y laisser vivre tels que nous sommes devenus. Bon sang qu’on est coincés. Fin de la digression.

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Un peu de roulette sémantique? Parlons Canada.

26 novembre 2006 (16:36) | Canada, Québec, Politique | 2 commentaires | anglais

Ces dernières semaines, beaucoup de Canadiens, en particulier hors-Québec, ont été surpris par ce qui leur est apparu comme un vieux squelette sorti du placard. La saga de la nation Québec a certainement dépassé une sorte de seuil psychologique avec la motion qui sera votée demain à la (quasi-)unanimité de la Chambre des Communes, motion qui attribue [cela à quoi réfère le mot “nation”] à [cela à quoi réfère un ou des mots commençant par “Q”], dans une et/ou l’autre langue. Une des vedettes de la presse écrite et électronique anglo-Canadienne, Rex Murphy, utilisait hier dans le Globe and Mail l’expression “roulette sémantique” pour décrire - et bien sûr déplorer - ce jeu politique de chat et de souris dont on semble tant craindre les conséquences dans le Rest of C. Pourtant, cette expression est une fort belle façon, me semble-t-il, de rendre compte du sens de ce que nous faisons lorsqu’on se risque à dire ce qui pourrait être mal compris. Or, c’est le cas de la majeure partie de ce qui rend une conversation intéressante, au-delà donc des “passe-moi le sel” et autres insignifiances ordinaires. Dans le contexte actuel, on peut cependant supputer que M. Murphy évoque plutôt la variété russe dudit jeu de hasard, mais alors il serait abusif de prétendre que seule l’option fédéraliste y ait été risquée.

Quant à moi, je ne suis pas très gagné à l’une ou l’autre des stratégies rhétoriques qui créent un débat là où il ne devrait pas y en avoir. En tant que Canadien, le caractère national propre au Québec et aux Québécois ne m’a jamais empêché de dormir, et en tant que Québécois, ça commence à faire un bout que je n’achète plus l’idée qu’il faille absolument, ou bien que ma province ait un statut particulier dans la Confédération, ou bien que je me donne un nouveau pays. Et franchement, si le fait d’avoir une Fête nationale ou une Assemblée nationale avait été un tel risque pour l’unité canadienne, ça fait longtemps que ça aurait été contesté devant la Cour suprême, non? Enfin.

Si confusion il y a vraiment sur le fond, me semble-t-il, ce n’est pas tant entre toutes sortes de définitions d’un mot ou d’un autre, mais entre le fait objectif plus ou moins (in-)contestable que le Québec forme une nation, et les raisons tout-à-fait subjectives qui donnent substance à un tel fait. En particulier tout le débat entre nation civique et ethnique, ou politique et sociologique (d’ailleurs, j’aimerais bien qu’on me dise quels objets sont sociologiques, à part des théories ou des hypothèses - des arbres sociologiques? des poèmes sociologiques?), tout ce débat donc crée une distinction artificielle, comme celle qui existerait entre une table de cuisine sur laquelle on prend son repas, et une autre qui se distinguerait par le fait qu’elle a quatre pattes.

Cette distinction civique/ethnique, en effet, n’a de sens véritable que du point de vue strictement subjectif de l’appartenance même d’un individu à une ou plusieurs nations. C’est son propre nationalisme personnel, et non la nation comme telle, qui peut s’attacher prioritairement à une sorte de contrat politique indépendent de toute différence “sociologique”, par opposition à une loyauté première à l’histoire et la culture particulière d’un groupement ou d’un autre. Or même à ce niveau, cette distinction reste artificielle dans notre contexte, puisque d’une part, le pluralisme moderne émerge d’une culture dont on peut certainement arguer qu’elle appartient, au fond, à l’humanité entière, et que d’autre part, il serait bien pénible d’expliquer l’existence d’États-Nations individuels, sans référer quelque part à des cultures et des “communautés de destin” plus spécifiques. On ne peut avoir une nation juste parce que c’est ce qu’on veut. Si notre vouloir y a quelque rôle à jouer, il lui faut alors des raisons qui permettent de justifier le choix d’une nation plutôt que d’une autre, et ces raisons n’habitent pas dans une galaxie loin de chez nous, mais bien dans la culture qui est la nôtre, qu’on l’ait voulu ou non cette fois. À moins que je n’aie tout faux, la même chose s’applique pour le Canada dans son ensemble que pour le Québec qui en fait partie. En tant que nation, s’entend; pas nécessairement en tant que province.

Ça, c’est l’autre distinction qui me paraît assez mal faite, comme si on avait affaire à des solides qui ne peuvent occuper le même espace physique. Il me semble bien que le Québec, territoire et population compris, peut tout-à-fait constituer une nation, en même temps qu’une part importante de ses institutions politiques ait le même statut que celles des autres provinces de la fédération canadienne. En tant que province en effet, le Québec n’est certainement pas plus différent de ses voisines que les Québécois ne sont différents des autres Canadiens lorsque vient le temps d’attendre pour une chirurgie, de trouver un bon emploi, ou d’avoir confiance que les viaducs ne leur tomberont pas dessus. Mais en tant que nation, il n’est pas spécialement surprenant que ses représentants, fédéraux et provinciaux d’ailleurs, se liguent parfois pour jouer le jeu politique en fonction de ce que leur histoire et leur culture communes leur enjoignent de faire. Qu’y a-t-il là de si étrange, après tout?

En dernière analyse, il pourrait bien y avoir une explication assez simple à toute cette commotion, assez courante ici d’ailleurs: que bien des Canadiens craignent que le Québec, tel un dinosaure du vieux-monde ne cherchant qu’à s’isoler hors la grandiose destinée d’un Canada résolument moderne, ne soit en train de briser le rêve du pays parfait. Vraie ou fausse, cette hypothèse mériterait qu’on en discute calmement et dans le respect mutuel. What does Canada want, après tout? Ça fait longtemps qu’on a besoin d’avoir une conversation vraiment ouverte et honnête dans ce pays, par-delà la barrière linguistique. Espérons que cette fois peut-être, la “roulette sémantique” pourra s’arrêter au bon numéro.

Floue? Pourquoi floue?

24 novembre 2006 (15:37) | Ce blogue et d'autres | Aucun commentaire | anglais

D’abord, bienvenue à tout le monde, ou au moins à quelqu’un. Enfin, on verra. Ce blogue est donc le jumeau non-identique en langue française de, vous l’aurez deviné, Fuzzy left. Je me considère de gauche sur le plan politique, en effet, mais c’est flou. Je suis libéral aussi, politiquement, philosophiquement, socialement, économiquement, et pourtant là aussi c’est très flou, pour toutes sortes de raisons probablement tout aussi floues. Et je suis un Québécois, un Canadien, un consommateur Nord-Américain de tradition judéo-chrétienne, et ça deviendrait encore plus flou si je continuais.

Or, le flou de cette position n’a rien d’artistique, au sens où l’on utiliserait ce qualificatif pour discréditer mon propos, comme s’il manquait de clarté. Je crois au contraire que la logique floue - oui, ça existe - est la meilleure arme contre la confusion et l’improvisation intellectuelles. C’est bien plutôt notre simplification abusive de l’idée de clarté qui nous conduit à commettre les pires fautes de logique. Car rien n’exige que tout soit ou bien ceci, ou bien cela. Les choses sont d’ailleurs en général à la fois un peu ceci et un peu cela, et c’est ce qui rend toujours la défense d’un point de vue nuancé vulnérable aux gros sabots de la caricature de clarté que nous offrent les oppositions les plus grossières, et qui sont pourtant le pain et le beurre de ce qu’on appelle la démagogie. La loi du moindre effort ne s’applique pas qu’au mouvement des corps célestes…

Maintenant, petit rappel du concept de base en logique floue: l’ensemble flou. L’ensemble des chats, en logique conventionnelle, suppose une distinction non-équivoque entre ce qui en fait partie et ce qui n’en fait pas partie. C’est tout l’un ou tout l’autre. C’est un chat ou ce n’est pas un chat. Si c’est un chat, alors appelons un chat un chat, d’accord. Mais si ce n’est pas si clair que ce soit un chat, faut-il absolument nier cette ambiguïté? Et si l’ensemble des chats était plutôt un ensemble flou? Un lion est-il un chat? Un peu? Beaucoup? Complètement? Pas du tout? Assignez une probabilité entre 0 et 1 au fait que le lion soit membre de l’ensemble des chats, et vous aurez admis que le lion peut être un peu un chat et un peu un non-chat, selon le contexte d’une conversation par exemple, selon l’une ou l’autre définition jugée admissible par l’ensemble de ceux qui parlent français, selon le niveau de langage, etc.

Là, je parle de chats. On s’entend qu’on peut assez facilement venir à bout des dilemmes de ce genre. Mais sur ce blogue, je voudrai surtout parler d’économie, d’éthique et de politique, alors pas besoin de vous dire que les concepts flous ici, au sens technique que j’utilise, sont littéralement partout, et que les ambiguïtés qu’ils mettent en jeu sont bien plus complexes que les confusions liées au simple usage d’une langue naturelle, dans le cas d’un discours sur les félins domestiques. Alors voilà. Gauche floue. C’est la perspective que je vais adopter, dans une histoire de ce que nous sommes qui ne compte que sur nous-mêmes, sans espérer le secours d’une Nature ou d’un Divin qui aurait déjà dicté ce que cette histoire devrait être, comme on le pense à droite, clairement ou pas d’ailleurs. Or cette entreprise ne peut être cohérente, à mon avis, que si l’on refuse de rechuter dans de nouvelles métaphysiques paralysantes. Il faut renoncer à la fausse clarté des radicalismes simplets, et avoir le courage de chercher dans la pénombre. Ce que je peux être prétentieux parfois… Mais bon, pourrais-je vraiment bloguer sinon?

Au fait, vous connaissez l’histoire de l’économiste qui cherchait ses clés sous un réverbère? Un passant qui voulait l’aider lui demanda alors de lui montrer plus précisément l’endroit où il croyait les avoir perdues, et l’économiste de pointer le fond de la ruelle, là-bas au loin, à la grande surprise du passant.

C’est qu’ici au moins, dit-il, il y a assez de lumière…