Trois paragraphes (ok… quatre au max)

6 octobre 2007 (00:35) | Ce blogue et d'autres | 1 commentaire | anglais

Bon. On a pris un peu (sic) de recul, maintenant on s’y remet. Je dois me donner un objectif réaliste si je veux finir par faire quelque chose qui tienne la route avec ce fichu blogue: alors trois paragraphes, au pire quatre. Je vais devoir prendre une chance d’écrire plus souvent en approfondissant moins le détail, en cherchant moins à parer la critique à l’avance, et en me limitant le plus possible à trois paragraphes: placer le décor, présenter l’argument, sonder ses conséquences. 1 - 2 - 3. Au prix sans doute d’un peu plus de brut et moins de net, il s’agira d’être direct et surtout concis. Sacré programme, en ce qui me concerne, mais tant d’autres le font - sais bien pas pourquoi je serais a priori plus cave.

En passant d’ailleurs, j’en profite aussi pour renouveler mon blogroll - ah non, comment on dit déjà, ma blogoliste - et ma micro-bio. Fait saillant dans ma vie, ça fait même déjà quelques lunes, je me suis désisté du programme de doctorat de philo à l’UQAM - ma scolarité était terminée, mais la thèse c’était une autre paire de manches. C’était juste trop en fait, sans compter des circonstances qui se sont donné le mot pour faire enfler le coût de mes erreurs de timing. J’ai passé ma phase rationalisation genre “sour grapes”, et je me dis maintenant que je m’y remettrai un jour si la vie s’y prête mieux. Fermeture de parenthèse et retour au vif du sujet. Le problème de ce blogue, c’est qu’il y a juste trop de choses à écrire pour les quelques minutes que je peux me permettre d’y consacrer de temps à autre. D’où qu’il faille bel et bien remettre en cause une fois pour toutes le style fleuve. Je ne m’attends pas à gagner ma vie sur Internet, alors faudra faire encore longtemps avec un buget de minutes assez restreint merci. Si c’est plus fort que moi, je ferai des rechutes de temps en temps, mais je garde l’oeil sur la balle. Pour tout de suite, je me donne le défi de résumer brièvement ma position au cours des trois prochains billets, sur le Canada en Afghanistan, le privé en santé, et les accommodements sur fonds de crise d’identité. Ce serait un bon début, non? Sans parler de mes chers partis - et leaders - libéraux. Aïe, aïe, aïe. Oui j’y viendrai bientôt.

Quant à ma… blogoliste, au fait, j’ai ajouté quelques liens, mais j’ai surtout tenté de la structurer de manière assez souple, voire assez floue, pour classer au moins un peu objectivement les blogues que je parcours de temps en temps, et de le faire sans tomber pour autant dans les pièges ordinaires des conventions idéologiques. Je vais donc mettre à part les sites qui s’attachent essentiellement à la science économique comme telle (j’espère faire de même avec la philosophie, à un moment donné), mais les blogues où l’on commente surtout l’actualité seront maintenant répartis selon ce qui apparaît, au simple lecteur que je suis, comme étant la dominance de gauche ou de droite du cerveau de leurs auteurs, plutôt donc que selon celle de leurs sensibilités politiques. Je trouve nettement plus éclairant, voire moins arbitraire, de distinguer les positions des gens selon qu’elles semblent généralement s’appuyer, ici sur la distance analytique, là sur l’implication émotive - les deux ayant bien sûr leurs mérites comme leurs limites. On comprendra, j’espère, que bien qu’étant moi-même agi par un cerveau assez dominé par sa gauche merci, plus attentif donc, pour le meilleur ou pour le pire, à la rigueur logique qu’à la pureté des intentions, cette distinction neurologique n’implique nul jugement péjoratif quant au style coup-de-gueule, intuitif, tout d’une pièce, des collègues dont les cerveaux carburent plus à droite, et ce dans toutes les familles idéologiques. Ça prend de tout pour faire un monde, dit-on parfois. Adam Smith, lui, appelait ça la division du travail. Fin du troisième paragraphe. De retour vraiment très bientôt. Promis.

Ah pi, voilà pourquoi ça en prend un quatrième, ici: y a-t-y que les français des vieux pays pour faire du blogue économique de langue française? Je ne parle pas du commentateur généraliste qui s’adonne à être économiste, mais bien du collègue qui carbure à la théorie et aux études économiques comme telles. Pour l’instant je ne trouve que du Marcel la baguette sous le bras (c’est du cliché affectueux, évidemment). Avis donc à vous, économistes québécois et francophones d’Amérique: vous êtes pas facile à trouver sur la blogosphère! Alors si vous opérez un blogue centré sur l’analyse économique, passez-moi donc le mot, s’il-vous-plaît. Si je comprends ce que vous y écrivez, vous aurez certainement une place de choix dans ma liste. Je vous entends saliver, évidemment, mais bon. J’offre juste ce que j’ai. À plus.

De l’ostentation idéologique à gauche?

1 juillet 2007 (16:58) | Politique, Philosophie, Économie | 3 commentaires | anglais

Thorstein Veblen, fondateur à toutes fins pratiques d’une école de pensée en économie qui s’appelle l’institutionnalisme, a écrit un petit livre il y a plus d’un siècle intitulé “La théorie de la classe de loisir” (1899). On y retrouve pour la première fois cette expression maintenant consacrée, à l’égard d’un phénomène charnière de la sociologie et de l’économie qu’est la “consommation ostentatoire” (conspicuous consumption), en rapport avec ce type de comportement donc motivé, non pas par les avantages directement associés aux biens et aux services consommés, mais bien par le statut social dont cette consommation manifeste les symboles. Or je me suis laissé aller à réfléchir, tout bonnement, à la possibilité d’appliquer ce concept à une autre activité que la consommation, c’est-à-dire à la production du discours, en particulier du discours idéologique, et d’autant plus lorsqu’il se targue de désintéressement. Je suis d’ailleurs retourné dans le texte de Veblen pour tester mon intuition, et j’y ai trouvé tout l’encouragement nécessaire, notamment au tout dernier chapitre, alors qu’il évoque la maîtrise des classiques et des langues mortes dans les “humanités” universitaires de son époque. C’est saisissant d’actualité, à quelques détails près. Notez que j’enfonce peut-être ici des portes ouvertes, les spécialistes charitables me le diront, mais je ne saurais m’en faire pour si peu.

Revenons aux temps modernes, donc. On a beaucoup entendu l’expression “gauche caviar” depuis quelques années, et elle marque parfaitement le concept que je veux évoquer. Évidemment, une ribambelle de plumes bien de chez nous viennent à l’esprit, de Foglia à Courtemanche, en passant par les Dupuis-Déri, Venne, Cornellier, sans compter les Lauzon, Aktouf, David et Khadir, Laviolette et consorts, et autres maternelles intellectuelles de la blogosphère. On connaît assez bien les raccourcis dont ils se font les promoteurs, et qu’on pourrait presque sans exception rapporter à l’idée simple mais dépassée depuis des lustres que la valeur économique est une qualité objective des ressources, notamment du travail, une qualité qu’on “incorpore” ensuite dans les biens marchands, et dont les méchants capitalistes s’approprient la part du lion sans foi ni loi. Karl Marx qu’il s’appelait, le vieux gourou de la plupart de ces messieurs dames. Et pour ceux qui rationalisent leurs préjugés étatistes par d’autres voies, ils n’en restent pas moins obnubilés par l’idée d’une valeur-matériau susceptible de contrôle institutionnel par des élites éclairées. Mais ce n’est pas vraiment ce “fond des choses” qui m’intéresse ici, autant que le côté “caviar” de ces discours pourtant si poussiéreux, et à l’effet de paradoxe ainsi induit eu égard à une sensibilité politique qui se justifie pourtant par la générosité de son idéal. C’est la dérive vers l’incohérence, ainsi suggérée, du cadre normatif de la gauche que je veux penser un peu.

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Les baisses d’impôts et le déséquilibre fiscal

7 juin 2007 (15:25) | Canada, Québec, Politique, Économie | Aucun commentaire | anglais

Les baisses d’impôts promises - et finalement livrées - par Jean Charest auront bien fait jaser, pour le meilleur et pour le pire. Mais il faut peut-être s’assurer de bien départager les enjeux de cette petite hystérie, des deux côtés de la rivière Outaouais d’ailleurs, à l’égard somme toute d’un geste parfaitement défendable sur le plan économique. Les critiques auront en fait fusé d’au moins trois directions différentes.

Premièrement, à distance de tout impact hors-Québec, la question de l’à-propos de telles baisses, notamment dans le contexte d’une population vieillissante, a certainement occupé la majeure partie du débat public dans les jours qui ont précédé l’adoption du budget Forget. Sur cette question, bien que d’aucuns continuent de croire que cet argent aurait dû gonfler plus encore les dépenses de l’État, le véritable débat utile ici était entre deux conceptions de la saine gestion des fonds publics: ou bien l’on prenait un risque calculé et susceptible d’être productif avec le butin fiscal, ou bien alors on se contentait de prendre une voie moins risquée en remboursant plus rapidement nos dettes. Jean Charest - et j’en suis tout autant - a préféré la première option; d’autres préféraient la seconde. Et le mot-clé est bien ici “préférer”: préférer un rendement espéré et un risque encouru qui soient tous deux élevés donc, ou alors un rendement et un risque faibles. On sait que les conseillers financiers suggèrent en général de prendre un peu de tout, mais dans quelle proportion - c’est là que se manifestent nos préférences à l’égard du risque. Il y a pourtant des liens complexes entre préférences et croyances, notamment quant à nos chances de faire certains gains ou encore quant au coût réel de limiter ses risques - en fonction, par exemple à l’échelle du budget québécois, de l’impact d’une politique fiscale donnée sur les flux démographiques eux-mêmes. Ces liens d’ailleurs sont particulièrement problématiques au Québec, il me semble. Quiconque connaît l’expression “être né pour un petit pain” sait de quoi je parle. Souhaitons que nous ne nous obstinions pas trop longtemps encore à transformer ce mythe en prédiction auto-réalisatrice.

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Petit ménage de printemps

25 mai 2007 (17:02) | Europe, Canada, Québec, Politique | Aucun commentaire | anglais

Coucou me revoilà. Quel printemps. Petit bilan rapide de quelques semaines non sans intérêt.

1. Débat des chefs de la dernière élection: non mais qu’est-ce que c’est que ce populisme de pacotille à la Léo-Paul Lauzon? Il ne faudrait pas, selon André Boisclair, détaxer l’investissement dans les services, parce que les banques sont de grosses méchantes qui font du profit sur le dos du pauvre monde. Parce que bien sûr le financement des entreprises créatrices d’emploi c’est Monsieur Boisclair qui l’allonge de sa poche. Mais bon, je ne vais pas casser du sucre sur le dos de ce pauvre André. Au moins maintenant, Pauline est ouverte au dégel des frais de scolarité. C’est cosmétique évidemment, pour faire plaisir aux quelques réalistes qui donnent au PQ un vernis de crédibilité, mais c’est tout de même bon signe. Ce qui est moins drôle c’est quand un ministre Libéral joue le même petit jeu de victime avec les grosses méchantes pétrolières. C’est un peu gros merci, Monsieur Béchard. Cou’don, on veut-tu qu’elles baissent ou pas, les émissions de GES? Et le contrôle des prix, de toutes façons, c’est pas un peu passé date? Tout le monde veut aller à Kyoto, oui mais personne veut payer son gaz une piastre et demie…

2. Il paraît d’ailleurs que ça regarde mal pour mon cher PLQ ces jours-ci. Pas si sûr. En tous cas, j’ai renouvelé ma carte de membre pour deux ans avec joie, car je persiste à croire que le libéralisme moderne à la sauce nord-américaine reste la seule véritable alternative de centre-gauche qui soit viable à long terme, et que ce n’est qu’une question de temps, voire de quelques soubresauts supplémentaires de nos collectivistes enragés, avant qu’on retrouve, et à Montréal et dans le rest-of-Québec, le chemin de la raison et du compromis efficace et équitable. Pour l’instant, chapeau à Mario et merci, en passant, de nous avoir foutu patience avec les frilosités déraisonnables, pendant et depuis la campagne. Bravo aussi à Monsieur Charest pour le Conseil des Ministres. J’aime bien voir aller Madame Beauchamp, d’ailleurs. Rivale potentielle très sérieuse de Monsieur Couillard, à mon avis. Pragmatique la madame. That’s the way. Notez que je n’ai strictement rien contre le bon docteur, comprenez-moi bien, mais je lui trouve de plus en plus un je-ne-sais-quoi de technocratique qui pourrait bien lui jouer des tours au mauvais moment. Ça peut changer bien sûr, d’autant que Monsieur Charest est manifestement très loin d’avoir rendu les armes.

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À la croisée des chemins

24 mars 2007 (07:50) | Québec, Politique | 7 commentaires

Nom d’une pipe. Moi qui me voyait bloguer cette campagne à fond la caisse. Or plus désorganisé que moi, un gars égarerait probablement sa brosse à dents. Bien sûr je suis débordé, bien sûr la campagne est somme toute d’un pépère à mourir d’ennui, bien sûr la gérance d’estrade est d’autant plus improductive, “à la marge” comme on dit dans mon métier, que l’élection de lundi prochain est la plus imprévisible que j’aie connue de mémoire de jeune baby-boomer. N’empêche, j’aurais bien voulu me faire aller le commentaire un peu plus. Qu’à cela ne tienne, je replonge.

Un mot d’abord, tiens, sur l’imprévisibilité de l’élection. Ce n’est pas seulement cette imprévisibilité qui va rendre l’élection de lundi passionnante. La dernière présidentielle américaine était imprévisible en termes probabilistes, jusqu’assez tard dans la soirée d’ailleurs si je me rappelle bien, mais l’incertitude qu’elle traduisait reflétait une fracture idéologique qui n’était pas spécialement nouvelle. Au contraire, l’issue de la campagne qui se termine lundi va nous retourner une image politique de nous-mêmes qui risque de nous surprendre, je dirais presque peu importe le résultat. Car cette élection marque bel et bien un tournant tout-à-fait significatif pour la population québécoise, et malgré qu’on ait à peine effleuré le sujet pendant la campagne, on sait maintenant que la question des accommodements raisonnables a fait apparaître au grand jour ce clivage entre Montréal et le “rest of” Québec qui devient maintenant - enfin! - un élément incontournable de notre réflexion collective.

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N’importe quoi, sauf le PQ

25 février 2007 (10:47) | Québec, Politique, Économie | 3 commentaires

Pas plus con qu’un autre, je vais essayer dans les trente prochains jours de mettre mon grain de sel dans la campagne. Un tout petit grain bien sûr, puisqu’à la fréquence où je publie mes billets, trop longs par surcroît, pas assez punchés, et dénués de cloches et de sifflets, comme on dit chez les tommys, mon lectorat doit être bien mince. Au minimum, ce sera un bon training de blogueur, j’espère, et j’en ai grand besoin. Comme je ne me présente pas pour devenir premier ministre, il est sans doute plus facile pour moi d’admettre que j’aie encore des choses à apprendre.

D’emblée, je l’annonce à ceux ou celles qui ne le sauraient pas encore: je suis membre en règle du Parti Libéral du Québec, et j’espère sincèrement que Monsieur Charest obtiendra un second mandat. Mais je suis un citoyen avant d’être un partisan, même qu’à ce dernier égard on pourrait facilement me traiter de girouette ou de vire-capot. Or je m’assume. J’ai été péquiste de 1978 à 1982, et j’ai été membre d’Option citoyenne avant qu’elle ne fusionne avec l’UFP pour faire naître Québec solidaire, c’est-à-dire avant que ce parti n’adopte officiellement une conception profondément rétrograde d’une gauche qui aurait mérité tellement mieux.

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Des pommes avec des pommes, s’il-vous-plaît!

20 février 2007 (14:40) | Québec, Politique, Économie | Aucun commentaire

Le chef du PQ cherche à faire du millage sur un dégel éventuel. Qui s’en surprendra. Mais prenons tout de même la mesure de la réaction d’André Boisclair et de Camil Bouchard à l’engagement Libéral envers un dégel extrêmement modeste pour ce qu’elle est: une rhétorique complaisante et biaisée qui joue la guéguerre de chiffres à défaut d’arguments. Monsieur Legault nous y avait préparé lorsqu’il faisait son hypothétique et jovialiste budget d’un Québec souverain truffé de passe-droits intellectuels. Voyons maintenant ce qu’il en est de la chemise déchirée de ces Messieurs.

On doit bien s’entendre qu’il faut comparer des pommes avec des pommes. Le Ministre Fournier s’engage avec son parti, dit-il, à ajouter 1 milliard sur 5 ans pour 100 millions demandés aux étudiants comme contribution supplémentaire. Alors crac la chemise: ce milliard est à 80% constitué par l’augmentation des coûts, grosso modo avec l’inflation. En d’autres termes, il n’y pas pour 1 milliard de dépenses susceptibles d’augmenter la qualité de l’éducation, mais 800 millions pour la maintenir au même niveau, et le reste seulement pour l’améliorer.

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Dégelons les frais de scolarité, et vite!

4 février 2007 (09:05) | Québec, Politique, Économie | Aucun commentaire | anglais

S’il est une chose à laquelle il faut s’appliquer rapidement au Québec, avec le courage bien sûr et la détermination qui s’imposent, c’est bien à abolir une fois pour toutes le gel des frais de scolarité post-secondaire. Je sais bien que beaucoup s’y opposent encore, mais il me semble évident qu’il urge de laisser les CEGEPs et les universités fixer librement le niveau de la contribution de leurs usagers - sans doute pourrait-on faire des exceptions mais elles ne devraient pas être la règle. Cette urgence, bien sûr, c’est l’urgence de tout ce qui mérite l’attention de notre principale ressource, à savoir la matière grise, c’est donc l’urgence d’à peu près tout ce qui importe à l’humanité sur cette fragile petite boule bleue. Si quelqu’un quelque part détenait le début du commencement d’un argument vraiment convaincant au profit d’un gel des frais comme celui dans lequel nous nous sommes empêtrés ici, ça se serait su. C’est fou ce qu’on impute de pouvoirs magiques aux rabais sur les frais de scolarité, mais l’illusion commence à s’évaporer, et il est plus que temps.

D’emblée, il m’apparaît évident que la seule raison pour laquelle ce gel perdure est que notre équilibre politique est devenu complètement dysfonctionnel dans le sillage de la question nationale. C’est sans doute un peu tabou de le dire, mais si ce n’était du Parti Québécois s’achetant le vote des idéalistes de tous âges au nom d’une souveraineté qui justifie tout, ça ferait longtemps que ce serait fini. Les souverainistes un peu réalistes, qui savent très bien que cette politique insoutenable n’aurait aucune chance dans un Québec indépendant, laissent quand même aller la rhétorique pour enlever des votes aux Libéraux, d’ici au grand soir bien sûr. Ça n’arriverait pas si le PQ était un parti normal, mais ce n’est pas le cas alors ça continue. En tant que Libéral, je ne peux supporter le programme populiste et conservateur sur le plan social de Mario Dumont, mais je dois admettre que les éléments de la plate-forme de l’ADQ qui concernent la santé et l’éducation supérieure sont particulièrement éclairés, sur papier en tous cas. Au point où nous en sommes, avec cette inertie étatique qui nous paralyse de plus en plus, augmenter la part du libre marché dans ces domaines devient notre meilleure chance d’avoir une société plus juste, plutôt que moins. Mais le gel des frais de scolarité est un problème encore plus grave, à mon sens, que la situation de notre système de santé, ne serait-ce que parce que les cerveaux qu’il faudrait concentrer à trouver des solutions, entre autres en matière de santé, sont attirés par ce gel dans toutes sortes de directions beaucoup moins utiles à la société.

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Le complexe de Cambronne - prise 2

26 janvier 2007 (17:46) | Québec, Politique | 1 commentaire | anglais

Les voies du Seigneur sont, paraît-il, impénétrables. Et tout agnostique que je sois devenu - j’ai raté la leçon où j’aurais compris pourquoi ma vérité révélée était meilleure que celle des autres - je ne me sens pas l’esprit plus pénétrant qu’à la belle époque où je fréquentais l’office dominical, mais alors là, pas une miette. (Si lecteurs hors-Québec il y a, ça veux dire pas pantoute, pas dans cent ans, pas pour cinq cennes, enfin, pas du tout quoi.) Par exemple, je ne saurais dire pourquoi, pendant les deux semaines où ce blogue sera resté au neutre pour cause de remise en question profonde et autres banalités, une autre histoire de sondage d’opinion est venue bousculer le Québec tout en me fournissant le prétexte idéal à la suite logique de mon dernier billet.

En fait, je ne peux vraiment pas m’empêcher de faire un parallèle entre la résistance au changement, sur le plan économique, qui s’exprimait dans le sondage CROP dont je parlais la dernière fois, et cet autre conservatisme, culturel maintenant, qui s’en sera donné à coeur joie pendant une pleine semaine d’hyper-convergence médiatico-populiste. Notez que je parle d’hyper-convergence parce que la convergence ordinaire, devenue l’étiquette conventionnelle pour parler de l’empire Québécor, s’est encore démultipliée à l’infini dans la quasi-totalité des classes médiatique et politique. Radio-Canada, Le Devoir, La Presse, les chefs de parti, les intellectuels et les blogues de toutes pointures, tout le monde y est allé jusqu’à plus soif: les Québécois sont-ils vraiment racistes? sont-ils trop laxistes? sont-ils simplement normaux? ne devrions-nous pas passer à autre chose? le débat a-t-il vraiment été fait? quel jeu les médias ou les sondeurs jouent-ils? Et re-belote. Pas plus fin que je suis, je vais même en remettre une couche.

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Le complexe de Cambronne - prise 1

11 janvier 2007 (17:45) | Québec, Politique | 4 commentaires

Au premier coup d’oeil, le sondage CROP dont les résultats ont été présentés hier est assez désolant. Si l’attitude d’une majorité de québécois eu égard au rôle du privé dans la santé signale au moins qu’il ne sont pas tout-à-fait allergiques au réalisme, on doit certainement s’inquiéter de ce que les mythes autour du modèle québécois aient la couenne aussi dure. Il est difficile de blâmer les gens pourtant, peu familiers en général avec la complexité réelle des questions économiques, de préférer se ranger derrière la cohorte des jovialistes de Québec solidaire (de là à voter pour eux et elles, y a une marge quand même…) ou de l’Institut du Nouveau-Monde (j’y reviendrai dans de futurs posts), plutôt que de se laisser décourager par la montagne de raisons de craindre l’avenir qui leur bloque vraiment le chemin. Mais si André Pratte a raison, et que c’est bien ce qu’il appelle le syndrome de Petula Clark (tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir) qui est le problème fondamental, aussi bien plier bagages tout de suite et laisser tout ce beau monde s’enfoncer dans son délire collectif. Plus vite on arrivera au fond du baril, je suppose, plus vite on acceptera de se trouver de meilleures lunettes. Je dis “on” bien sûr, m’étant ici par hypothèse exclu pour le bénéfice de la discussion.

Or j’aimerais bien suggérer une piste différente, qui me permettrait d’être un peu moins irrémédiablement pessimiste, et dont je réclame tout de suite le copyright - je compte d’ailleurs me servir de cette trouvaille pour penser le souverainisme, l’anti-américanisme, l’anti-économisme, alouette, oui papa - et que je baptise officiellement le “complexe de Cambronne”. Si j’y vais en effet de ma propre hypothèse socio-pop, c’est qu’elle autorise un point de vue plus nuancé sur un “wishful thinking” qui est peut-être moins l’expression d’un bête refus du réel qu’un véritable réflexe de santé mentale collective. Comprenons-nous bien. Il est très clair pour moi que c’est faire complètement fausse route que de minimiser l’impact négatif de la dette, ou de s’obstiner à refuser un dégel salutaire des frais de scolarité post-secondaire ou encore une augmentation substantielle du poids relatif des taxes à la consommation et de la tarification des services dans les revenus de l’État, à commencer par une hausse du prix de l’électricité. Et si l’inégalité économique nous dérange particulièrement, comme c’est mon cas et devrait l’être aussi pour le reste de la gauche, on milite pour canaliser une plus grande partie des améliorations moyennes vers des mesures efficaces pour aider le bas de la distribution des revenus à monter plus vite que les autres, c’est tout. Évidemment, il en existe toujours pour croire qu’enrichir les uns veut dire appauvrir les autres. Mais l’analphabétisme économique, c’est comme les autres sortes d’analphabétisme, il faut s’en occuper.

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