Une mise au point pour aller plus loin

21 novembre 2007 (12:06) | Actualités, Économie

Mon dernier billet n’a pas soulevé tellement plus de vagues que mes réflexions précédentes, or j’ai pourtant reçu par courriel une protestation très légitime de la part de Monsieur Fillion, de Radio-Canada, à laquelle je m’attendais dans une certaine mesure, mais qui justifie certainement que je procède à une mise au point eu égard à mon intention critique. Protestation d’autant plus élégante, en passant, que c’est le travail de l’ensemble de ses collègues que Monsieur Fillion a défendu, bien au-delà du sien propre.

Quant à moi, il serait trop facile de me réfugier derrière un jugement à l’emporte-pièce quant à la frilosité journalistique face à la critique en général. Il est essentiel au contraire, pour la santé de notre démocratie, que les journalistes défendent leur travail, pour la simple et bonne raison qu’ils sont certainement les mieux placés pour le faire. À l’inverse pourtant, il est du devoir des citoyens, je pense, de maintenir leurs organes d’information “sur leurs orteils”, si vous me pardonnez la traduction littérale de l’anglais, d’autant plus lorsque ce sont des références incontournables en matière d’information sérieuse. Qui plus est, qui aime bien châtie bien.

Mais je reviendrai sur trois aspects de ma critique précédente. Premièrement, je pense que je dois re-formuler ma description de l’objet de ma critique, qui n’est absolument pas la qualité journalistique, ni du travail du secteur économique comme tel de la “salle de nouvelles” en particulier, ni eu égard au traitement des dossiers économiques en un sens restreint, ou pour reprendre la description qu’en fait Monsieur Fillion lui-même dans la publicité de RDI, à propos “de ce qui se passe dans le monde des affaires”. En tant que néophyte absolu quant au fonctionnement organisationnel de Radio-Canada, j’ai certainement erré d’une part en réduisant à la salle de nouvelles ce que j’impute en fait - à tort ou à raison, mais c’est bien le jugement que je porte encore - à l’ensemble du secteur des affaires publiques, et d’autre part c’est en un sens très large que je vise ce que j’appelerais la “culture” critique à Radio-Canada, lorsqu’il s’agit de présenter des perspectives proprement économiques, notamment sur des dossiers qui ont une incidence politique évidente - la fiscalité est certainement un de ces domaines, mais la question va beaucoup plus loin.

Lorsque Jean-François Lépine, par exemple, dans une édition récente de “Une heure sur Terre” qui portait sur la Chine, imputait, à de multiples reprises, les aberrations du développement chinois à la recherche même de croissance économique plutôt qu’à sa gestion politique, il s’agissait bien là d’une instance du type de glissements d’apparence anodine auxquels je suis particulièrement sensible, glissements qui renforcent les préjugés bien plus qu’il n’éclairent, malheureusement, en brouillant en quelque sorte la distinction entre les faits et les interprétations de ceux-ci. Or ce n’est pas la salle des nouvelles, si je ne m’abuse, que je dois mettre en cause ici, pourtant le questionnement que je cherche à préciser est d’autant plus pertinent, il me semble, s’il n’y a peu ou pas de lien entre les services de recherche respectifs ou les principaux rédacteurs de ce genre de textes.

En ce sens et malgré l’impression qu’ont peut-être pu laisser certains de mes raccourcis rhétoriques dans mon billet précédent (et je m’en excuse si j’ai ainsi blessé qui que ce soit), je ne mets pas du tout en question quelque chose qui peut se règler avec un coup de baguette magique - je parle d’un phénomène de culture journalistique développée sur le long terme, à propos de laquelle un débat existe bel et bien, et se poursuit sainement, je crois, en matière purement politique, mais c’est un débat que j’appelle en un sens à intensifier en matière d’analyse économique comme telle.

Il y a certes des aspects fondamentaux de cette question qu’il ne faut pas éluder, qui sont d’une part le fait que la culture médiatique ne peut être complètement déphasée de celle de l’ensemble de la population, et je suis d’accord avec beaucoup de mes collègues économistes à l’effet que la culture économique québécoise a des lacunes importantes, lacunes qui se refléteront sans doute dans les présupposés des journalistes et de leurs collaborateurs. Mais d’autre part la place que prennent les diverses perspectives idéologiques dans l’espace public est elle-même fonction des moyens de solliciter l’attention dont disposent les groupes d’intérêts. Il faut alors inclure dans le questionnement critique une réflexion sur le type de neutralité que le journaliste devrait viser: doit-il s’appliquer à reproduire un équilibre à l’image de celui des forces qui s’imposent d’elles-mêmes dans l’espace public, ou plutôt à aller au-delà de cet équilibre pour contribuer à la capacité critique des citoyens de modifier cet équilibre, le cas échéant?

Or la théorie économique comporte elle-même des aspects pertinents pour cette question. Indépendamment de ce qu’on en fait au plan idéologique, la théorie des choix publics met par exemple en évidence les raisons pour lesquelles les groupes de pression ont un effet délétère du point de vue de l’intérêt général. Moins les revenus du citoyen dépendent directement de l’action de l’État, plus il est coûteux pour lui, relativement aux autres, de manifester publiquement ses intérêts. Il y a là un argument tout-à-fait sérieux pour défendre l’idée que les médias devraient donc y être relativement plus sensibles, d’autant donc que le très large groupe d’agents économiques dont il s’agit ne dispose d’aucun service de relations publiques. Plus encore je pense, paradoxalement, qu’en l’absence d’un tel ré-équilibrage de la part des médias, l’argument d’une certaine droite voulant que la seule façon de contrôler les appétits de l’État soit de réduire celui-ci à sa plus simple expression, y trouve sans doute une justification supplémentaire.

Notez que je ne prétend pas ici qu’on ne soit pas conscient de cette responsabilité, dans les médias y compris voire surtout à Radio-Canada, mais qu’on présume par contre peut-être trop rapidement de ce que l’on dispose déjà d’assez de moyens pour l’assumer de manière optimale, du point de vue de l’intérêt public.

Ce qui m’amène au second aspect de ma critique que je veux aussi préciser. J’ai parlé d’un déficit en ressources spécialisées en économie qu’il serait bon de combler. Je n’ai pas voulu dire, encore une fois, que celles qui sont déjà là ne sont pas à la hauteur, mais plutôt qu’il y manque, à mon avis, un certain type d’expertise critique. Monsieur Fillion avait tout-à-fait raison de me rappeller que Radio-Canada ne pouvait compter sur les mêmes ressources financières que d’autres grands réseaux d’Amérique ou d’Europe. J’ajouterai moi-même que la profession économique a aussi effectué une sorte de repli dans sa tour d’ivoire, qu’elle s’est rendue plus inaccessible et plus technique, à mesure qu’elle a réalisé qu’on attendait trop souvent d’elle ce qu’elle ne pouvait pas livrer, à savoir une caution scientifique de mesures qui par essence sont politiques. Ce repli est excessif à mon avis, précisément en ce qu’il augmente par la même occasion le coût de la rigueur dans l’information publique en général. Nous devrons probablement ré-examiner cette attitude d’ailleurs, collectivement, en tant que praticiens d’une discipline devenue d’autant plus suspecte qu’elle est encore fort mal comprise.

Quant au type d’expertise qui me semble justifier un certain investissement, c’est surtout en termes, je l’ai dit, de ce qui pourrait avoir un impact à long terme sur la “culture critique” dont je parlais tout juste. Bien sûr pour Radio-Canada, la question se complique de par son mandat particulier de télévision publique, mais pourtant lorsque j’observe ce qui se passe dans la presse écrite, le décalage qui m’inquiète en termes de discussion critique me semble moins évident entre les médias québécois et ceux du reste du continent, que ce qui se passe dans la presse électronique, et ce malgré, je suppose, une asymétrie comparable en termes de moyens financiers. Et tout ce que j’en dis, au fond, c’est qu’il devrait y avoir possibilité d’épauler encore plus solidement les efforts remarquables que fournissent déjà les journalistes de Radio-Canada lorsqu’il s’agit de passer leurs dossiers au crible d’une critique équilibrée.

Un certain parallèle peut même être fait avec la tâche qu’on a confié à un linguiste de surveiller mais plus encore, je pense, d’appuyer la qualité du français sur toutes les plates-formes de la boîte. Si la solution adoptée dans ce cas, pour pallier un risque réel de diminution de la qualité, n’est pas directement transposable à ce dont il est question ici, le risque en cause n’en est pas moins du même type: il s’agit bien de se prémunir vis-à-vis des effets d’un contexte culturel soumis à des forces qui augmentent le coût d’une qualité dont on veut pourtant fournir la référence. Évitons néanmoins d’interpréter ce risque comme une carence du côté de l’exigence des journalistes envers eux-mêmes, alors qu’au contraire on veut reconnaître cette exigence au point d’y offrir un appui supplémentaire. La différence dont je parlais avec la presse écrite est d’ailleurs d’autant plus explicable que bien d’autres contraintes que l’argent et la compétence sont en jeu, à commencer par des pressions concurrentielles nettement plus intenses parce qu’instantanées. De toute évidence, il en coûte moins cher au consommateur d’actionner sa zappette que d’aller s’acheter un autre journal.

Par contre, on ne peut retenir le même type de solution qu’eu égard à la qualité de la langue. Il y a bel et bien une autonomie journalistique qu’il est tout-à-fait essentiel de préserver ici, et qu’il ne s’agit pas de soumettre à la vision des spécialistes qui n’en ont pas moins leur propres présupposés, vis-à-vis desquels la société doit aussi pouvoir conserver une distance critique. Ce sont les journalistes eux-mêmes qui la lui garantissent au mieux, et ce sont eux qui doivent très clairement avoir le dernier mot sur leur travail. Ça ne veut pourtant pas dire qu’il faille présumer que tout aille déjà pour le mieux dans le meilleur des mondes. D’autant que sur le plan strictement financier, un effort supplémentaire ne serait pas nécessairement si coûteux qu’il ne soit pas envisageable. Je ne suis pas le mieux placé pour mesurer adéquatement l’ensemble des options qui pourraient être examinées, mais il ne s’agit quand même pas d’engager des hordes de théoriciens ou d’économètres-conseil. Il doit bien y avoir moyen de proposer des formations ou des séminaires-maison susceptibles d’être organisés avec la collaboration d’un ou deux départements universitaires, à l’intention particulière des journalistes d’affaires publiques, des recherchistes, etc.

Ou encore, tiens, une émission à caractère économique qui ferait un travail comparable à ce que Simon Durivage faisait avec ses collaborateurs à l’émission “Justice”, permettrait sans doute aussi à cette “culture critique” de mieux se développer, et dans le public, et dans les rangs des artisans mêmes d’une telle émission, qui sans être eux-mêmes des spécialistes de toutes les questions délicates, bénéficieraient en s’y associant d’un contact plus étroit avec des chercheurs universitaires. La radio de Radio-Canada a elle-même produit d’excellentes tables rondes sur des questions d’économie publique; il ne s’agit peut-être alors que de trouver le bon format qui permettrait d’intéresser régulièrement un public suffisant pour la télé, faisant ainsi d’une pierre deux coups qui rehausseraient le niveau de la délibération publique. Est-ce que je rêve en couleurs? Peut-être.

Dernier élément d’ailleurs sur lequel je veux brièvement revenir, pour conclure cet encore trop long billet: que peut-on attendre de façon réaliste de nos médias, et tout particulièrement de Radio-Canada, lorsqu’il s’agit de faire preuve d’une vigilance critique adéquate? Il est tout-à-fait légitime de m’avoir rappelé, comme l’a fait encore Monsieur Fillion, qu’on ne peut toujours faire en temps réel la recension de toutes les critiques pertinentes à l’une ou l’autre des conclusions d’études ou de rapports susceptibles de prêter à controverse, à mesure que ceux-ci paraissent dans l’espace public. De plus, le temps d’antenne est en soi une ressource contraignante, et comme dans le domaine de l’éducation où toutes les spécialités réclament en même temps plus d’heures d’enseignement par semaine, on ne peut pas fournir plus de temps d’antenne pour un secteur de l’information sans en enlever quelque part.

En fait, il n’y a pas de réponse “correcte” à ce dilemme, sinon que les forces du marché de l’information en décident, en dernière analyse. Mais si je n’ai aucun privilège intrinsèque à faire valoir à l’avantage de la perspective économique vis-à-vis des autres apects de l’information, j’en ai pourtant un d’ordre instrumental, dont il faut bel et bien tenir compte dans nos arbitrages. Si une culture plus développée en matière économique contribue, de fait, à une plus grande efficacité dans l’utilisation des ressources de toute la société, le surplus social ainsi généré peut très certainement profiter à d’autres entreprises d’intérêt public. Si cela est vrai en matière de santé, d’éducation, d’environnement, ce l’est tout autant en matière d’information, sous toutes ses formes et dans tous les domaines.

Mes excuses d’avoir encore été si long, mais j’espère que j’aurai au moins un peu dissipé l’impression d’avoir été trop dur envers des gens qui font, au final, un travail que j’admire et qui compte pour beaucoup dans mon bonheur d’appartenir à la même société qu’eux.

Commentaires

Comment de Martin Beaudin-Lecours
Date: 9 décembre 2007, 10:30

Ainsi donc, c’est à cause de moi que M. Fillion a été harcelé par vous? ;)

Je vous ai lu. Vous écrivez assez bien pour quelqu’un qui sait compter! :)

Ceci dit, j’ai de la misère à comprendre pourquoi une telle nouvelle, bien titrée ou non, erronée ou pas, vous offusque à ce point. Ce n’est certainement pas le premier tableau infographique à simplifier la réalité économique ou statistique. Et ce n’est certainement pas la première étude faite par un groupe de pression à nourrir un bulletin de nouvelles économiques!

J’ai remarqué le tableau car il attirait l’attention contre ce qui fait d’habitude les “nouvelle économique” alors j’ai fait la saisie d’écran à partir de RDI en direct. Mais ce tableau n’était pas fait pour le Web, plutôt pour un “fait divers” de quelques secondes, entre deux autres nouvelles. M. Fillion a bien précisé que rentrait dans le calcul tous les revenus, taxes comme impôts, et exemptions fiscales à tous les niveaux de gouvernement.

Apprendre que l’étude vienne d’un groupe de pression “plus à gauche” me la rend plus intéressante. Qui a les moyens de ces études d’habitude? D’instituts économiques dont on pourrait bien dire qu’ils sont orientés idéologiquement.

Merci de l’attention portée à mon blogue. Je vois que je suis dans votre liste de liens “Cerveaux droits”… Hé, hé, et ça ne veut pas dire “à droite”! :)

Au plaisir

Comment de Yvan St-Pierre
Date: 11 décembre 2007, 10:52

Offusqué? C’est un peu fort, cher collègue. À la rigueur, ce micro-événement, tout-à-fait insignifiant en soi j’en conviens, n’aura été que la bine faisant déborder un vase qui se remplissait depuis longtemps. Mais je l’ai surtout vu comme un révélateur de la nature et de l’importance d’un problème qui n’a rien à voir, en dernière analyse, avec une erreur particulière de titrage, de rapportage ou même d’interprétage. Et croyez-moi, je n’ai aucun problème, ni avec la simplification lorsqu’elle ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, ni avec la présence plus ou moins marquée de groupes d’intérêts dans l’espace et la discussion publics, au contraire; c’est seulement avec la désinformation que j’en ai un, et je pense que Radio-Canada existe très précisément parce que c’est normal pour un citoyen de vouloir être informé correctement (sinon, je préférerais vraiment qu’on fasse autre chose avec mes impôts, pas vous?).

C’est quand même pas rien, en passant, ce tableau, c’est un méchant argument pour dire que le système fiscal canadien, non seulement serait moins progressif que ce que s’imaginent les plus naïfs d’entre ceux qui, comme vous et moi je suppose, croient que c’est une bonne chose que les riches contribuent aux biens publics à proportion croissante de leurs revenus, mais donc pour dire qu’il ne serait finalement plus progressif du tout. Or on peut bien croire ce qu’on veut à cet égard, chacun est bien libre de se faire une tête à son goût sur la question, mais la méthodologie de cette étude est tellement poche qu’on ne peut certainement pas en tirer quelque conclusion que ce soit sur les politiques fiscales canadiennes (d’ailleurs la seule chose pertinente dans ce rapport, quand on fouille bien, c’est l’admission que la contribution aux revenus du seul gouvernement fédéral est bel et bien progressive, elle, et c’est bien la seule politique fiscale canadienne qui réfère à un ensemble de biens publics dont jouit l’ensemble des contribuables canadiens).

Alors c’est surtout l’insistance à présenter les résultats de cette étude comme des “faits” qui m’a le plus fait tiquer, exactement comme si on disait que c’est un fait que les écoles privées sont intrinsèquement meilleures que les écoles publiques, ou que c’est un fait que quelqu’un s’est suicidé quelque part parce que c’était un fan de Judas Priest. Or ce ne sont pas des faits, mais des interprétations de certains faits, conçues pour cadrer dans une idéologie ou l’autre, et il serait bien que l’on fasse un peu mieux la distinction, il me semble. Maintenant, je ne sais pas si vous et moi trouvons intéressant pour les mêmes raisons, le fait que des économistes “de gauche” déforment la réalité pour défendre leurs convictions ou leurs intérêts, mais je pense néanmoins que, mieux équipés pour évaluer la portée et les limites de telles études, à gauche autant qu’à droite, les journalistes de Radio-Canada pourraient mieux faire un travail à l’égard duquel je n’ai aucune espèce doute qu’il leur tient à coeur de le faire de façon idéologiquement équilibrée.

Au fait, avez-vous vraiment l’impression que les moyens manquent à tous les Léo-Paul Lauzon du monde de produire autant de désinformation que leurs adversaires politiques? La rhétorique ne coûte pas plus cher à gauche qu’à droite, que je sache, son “shock-value” est sûrement aussi payant, et la plupart des statistiques qu’on utilise de part et d’autre sont financées en général par les mêmes fonds publics. D’ailleurs, vous conviendrez qu’un prolétariat qui a les moyens de financer la Gaspésia ou d’acheter Bell Canada, ce n’est plus tout-à-fait un petit peuple à la merci du grand capital. Maintenant si vous voulez plutôt dire que produire des études de ce genre, ça implique nécessairement qu’on est idéologiquement orientés d’une façon ou d’une autre, alors on aurait là un méchant problème pour distinguer ce qui est pertinent de ce qui ne l’est pas. Statistiques Canada produit-elle des données idéologiquement orientées? L’OCDE? Le U.S. Bureau of Census? Le jour où un tableau comme celui dont on parle est publié par Statistiques Canada, cher collègue, je quitte le Parti Libéral et je m’en retourne à Québec Solidaire. C’est qu’il faut bien qu’il y ait de “vrais” faits, des faits qui fassent autorité par-delà leur interprétation, si l’on veut pouvoir se faire une tête sur quelque chose et faire ensuite notre job de citoyen, non?

Au plaisir aussi, donc. D’ailleurs, je ne suis sûrement pas aussi fâché que j’en ai peut-être l’air. Que je sache, cette nouvelle ne s’est pas retrouvée au centre du débat public, ce qui pourrait vouloir dire que suffisamment de gens l’ont prise avec le grain de sel qu’il fallait.

Comment de Martin Beaudin-Lecours
Date: 11 décembre 2007, 5:16

Si vous n’êtes pas offusqué, je n’aimerais pas vous voir l’être! Vous avez quand même écrit à Radio-Canada et publié deux longs billets sur le sujet!

Évidemment, je ne suis pas pour la désinformation. Et il me semble que les moyens du prolétariat n’ont rien à voir ici (ce vocabulaire soixante-huitard me répugne d’ailleurs). Si les statistiques viennent de deniers publics, il faut bien payer des gens pour les analyser! Et je crois, oui, certainement, indubitablement, que l’Institut économique de Montréal, le Conseil du patronat et autres think-thank de droite monopolisent presque ce genre de bulletin de nouvelles économiques, notamment parce qu’ils en ont plus les moyens que des groupes de pression de gauche, mais aussi parce que les économistes sont rarement à gauche, même si j’aimerais bien qu’on me prouve le contraire.

Je réponds à votre exemple sur les écoles privées en le reprenant pour illustrer ce que j’ai vu, moi, dans cette étude telle que vulgarisée à Radio-Canada : s’il est faux de dire que les écoles privées sont intrinsèquement meilleures que les écoles publiques, il est vrai que le taux d’échec y est plus bas et la moyenne aux examens du ministère plus élevée que dans le public. Autrement dit, certains chiffres demeurent ce qu’ils sont. Et ces chiffres demeurent intéressants même si la méthodologie des chercheurs était douteuse, son résumé radio-canadien erroné et le titre de mon billet accrocheur.

Comment de Yvan St-Pierre
Date: 12 décembre 2007, 10:13

D’abord si je peux me permettre, question états d’âme, vous ne devriez pas vous fier à la longueur de mes billets pour en tirer d’autres conclusions que celle de mon incompétence rhétorique. Mais rappelez-vous tout de même que tout ce que j’ai fait, au départ, c’est repérer une bête erreur d’infographie et en informer Monsieur Fillion. Je n’ai harcelé personne à ma connaissance, exception faite peut-être du bref commentaire que j’ai fait chez vous, autrement qu’en écrivant ce que je pensais du fond de cette histoire sur un blogue que vous êtes sans doute un des rares à avoir lu, et c’est même probablement dû à ce que j’aie hyperlié dans votre direction.

Maintenant la différence, sur le fond, entre les pourcentages illustrés dans le tableau en cause et les moyennes aux examens du Ministère, c’est la signification de la note aux examens du Ministère. Tout ce que vous pouvez vouloir tirer de l’étude de l’IEDM, sans pour autant accepter certaines conclusions possiblement tendancieuses, repose sur l’idée que cette note représente une base de comparaison pertinente, non? C’est bien ça qui fait qu’on peut parler d’un chiffre qui est ce qu’il est, en voulant dire qu’il a un intérêt indépendant des conclusions qu’on en tirera ensuite, selon l’analyse qu’on en fait, n’est-ce pas? Autrement dit, si c’était à partir d’examens différents qu’on comparait les moyennes et les taux de succès, tiendriez-vous vraiment le même discours?

Or dans le cas présent, c’est justement le calcul du chiffre qu’on offre comme un fait qui pose problème, un chiffre qui serait présumément ce qu’il serait, comme si c’était indépendant d’une volonté de biaiser d’avance la conclusion qu’on peut en tirer. Et c’est ça qui ne tient pas debout ici: on compare non seulement des pommes avec des oranges, mais on utilise une balance pour les pommes et une autre pour les oranges. Et cela vaut autant pour la comparaison entre riches et pauvres qu’entre une année et l’autre. Ça donne-tu des chiffres qui sont ce qu’ils sont, ça, selon vous? Pourtant, ça n’empêche pas d’y trouver tout ce qu’il faut pour conforter des idées qui ne devraient donc pas être ainsi confortées par des comparaisons qui ne disent pas ce qu’on croit qu’elles disent.

Peut-être y a-t-il là le début d’une explication du fait que nos perceptions quant à la présence relative de différentes idéologies, dans l’espace public comme chez les économistes, ne concordent évidemment pas. On peut en discuter si vous voulez, mais ce qui m’intrigue c’est surtout l’idée que me semble sous-entendre votre position, que la science économique aurait le pouvoir magique de changer des colombes en faucons. Et permettez-moi même d’attendre de vous le même flegme devant ma franchise que celui que vous attendez manifestement de ma part: pour moi, c’est comme si un créationniste voulait discréditer les biologistes en disant qu’ils sont biaisés en faveur de la théorie de l’évolution. Il me semble en effet que vous partez précisément d’un point de vue sur la distinction gauche-droite qui laisse tranquillement à la droite tout le champ occupé par la pensée économique rigoureuse. Pas besoin de vous dire que je trouve ça assez dommage pour ceux et celles dont une gauche obnubilée par ses vieux mythes croit quand même défendre les intérêts.

Mais bon, comme vous voyez, on s’éloigne assez de là où on devrait pouvoir s’entendre plus facilement. Si on veut une discussion publique éclairée, peu importe nos préférences politico-économiques, on doit disposer de données qui, elles, sont indépendantes de ces préférences. Tout ce que j’en disais, c’est que ce tableau ne fournit pas ce genre de données. Voilà tout.

Comment de Martin Beaudin-Lecours
Date: 12 décembre 2007, 11:30

Je n’ai pas étudié l’économie, sinon un peu indirectement par le biais de mon baccalauréat en histoire. Et même si je suis fatigué de l’antinomie gauche/droite, qui me semble dépassée, mon intuition me fait croire que la science économique est loin d’être neutre. Mes lectures en histoire me font soupçonner que, par exemple, l’école de Chicago a énormément contribué à la mouvance néolibérale de ces dernières décennies. Mais je n’ai pas eu le temps d’approfondir la question. Je constate que les chroniqueurs économiques manquent souvent de recul, qu’ils tiennent les mêmes discours, à mon avis bien creux. J’aime bien Léopold Lauzon même si je constate ses dérapages. J’aimerais que ces « économistes de gauche » soient plus nombreux.

Je vous taquinais avec le “harcelement”. Effectivement, j’ai trouvé votre blogue en vérifiant les liens entrant vers le mien. Si j’écris ici, c’est surtout par politesse, dans un échange de bons procédés. Des fois on se sent bien seul à bloguer et vous sembliez regretter que vos billets « n’avaient pas fait grand vagues ».

Par contre, je ne m’obstinerai pas davantage sur cette question. Étant donné qu’au départ, si j’ai publié ces tableaux sur mon blogue, c’est bien parce qu’ils avaient attiré mon attention et que je jugeais qu’ils méritaient cette attention. Je ne crois toujours pas que la conclusion de cette étude soit tendancieuse, mais je ne suis expert ni en fruits, ni en balances. Il me semble évident qu’étant données les différences régionales au Canada, cette conclusion ne veut pas dire grand chose. Mais je ne suis pas prêt à affirmer qu’elle ne veut rien dire et qu’elle n’aurait jamais dû être publiée.

À une prochaine

Comment de Yvan St-Pierre
Date: 12 décembre 2007, 1:00

Je ne tenais pas à m’obstiner non plus, cher collègue. Je répondais simplement à vos commentaires en toute bonne foi. D’autant que si votre vision des choses vous apporte suffisamment de satisfaction intellectuelle, ce n’est certainement pas moi qui vais vous en blâmer; la vie est bien trop courte pour ça. J’avais seulement l’impression que vous vouliez défendre un point de vue - j’ai manifestement dû en perdre le fil en cours de route. Alors toutes mes excuses, et au plaisir quand même.

Comment de Martin Beaudin-Lecours
Date: 12 décembre 2007, 5:13

Il n’y pas d’excuses à faire. Je discutais pour discuter, sans avoir un plan pour une démonstration précise. J’écris la plupart du temps sans savoir où cela me mènera!

Comment de Martin Beaudin-Lecours
Date: 13 février 2008, 5:33

J’ai pensé à vous et à notre discussion ici en lisant ceci, dans le Devoir:
http://www.ledevoir.com/2008/02/09/175403.html

Écrit par: http://www.economieautrement.org/

Comment de Yvan St-Pierre
Date: 14 février 2008, 4:01

Merci bien. J’ai en effet lu les versions courte et longue de ce truc en fin de semaine, et ça m’a fait penser à un cri du coeur un peu similaire poussé il y a quelques années par quelques étudiants et profs européens. Mais bon, sur le fond, c’est plus fort en rhétorique qu’en critique utile. J’essaierai d’en faire une déconstruction un peu plus poussée dans les jours qui viennent - je dois bien être mûr pour pondre quelque chose, jamais j’croirai.

Comment de Gérald Fillion
Date: 5 mars 2008, 8:35

Bonsoir ! Vous lire est un plaisir et je vous invite à participer à mon carnet. Mais, faites plus court, il y a une limite de mots! J’accepte les commentaires, les suggestions et au plaisir d’échanger.

G Fillion

Comment de Yvan St-Pierre
Date: 6 mars 2008, 10:07

Merci de l’invitation! Je compte bien aller faire mon petit tour bientôt. Au plaisir en effet.

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