Petit ménage de printemps

25 mai 2007 (17:02) | Europe, Canada, Québec, Politique | anglais

Coucou me revoilà. Quel printemps. Petit bilan rapide de quelques semaines non sans intérêt.

1. Débat des chefs de la dernière élection: non mais qu’est-ce que c’est que ce populisme de pacotille à la Léo-Paul Lauzon? Il ne faudrait pas, selon André Boisclair, détaxer l’investissement dans les services, parce que les banques sont de grosses méchantes qui font du profit sur le dos du pauvre monde. Parce que bien sûr le financement des entreprises créatrices d’emploi c’est Monsieur Boisclair qui l’allonge de sa poche. Mais bon, je ne vais pas casser du sucre sur le dos de ce pauvre André. Au moins maintenant, Pauline est ouverte au dégel des frais de scolarité. C’est cosmétique évidemment, pour faire plaisir aux quelques réalistes qui donnent au PQ un vernis de crédibilité, mais c’est tout de même bon signe. Ce qui est moins drôle c’est quand un ministre Libéral joue le même petit jeu de victime avec les grosses méchantes pétrolières. C’est un peu gros merci, Monsieur Béchard. Cou’don, on veut-tu qu’elles baissent ou pas, les émissions de GES? Et le contrôle des prix, de toutes façons, c’est pas un peu passé date? Tout le monde veut aller à Kyoto, oui mais personne veut payer son gaz une piastre et demie…

2. Il paraît d’ailleurs que ça regarde mal pour mon cher PLQ ces jours-ci. Pas si sûr. En tous cas, j’ai renouvelé ma carte de membre pour deux ans avec joie, car je persiste à croire que le libéralisme moderne à la sauce nord-américaine reste la seule véritable alternative de centre-gauche qui soit viable à long terme, et que ce n’est qu’une question de temps, voire de quelques soubresauts supplémentaires de nos collectivistes enragés, avant qu’on retrouve, et à Montréal et dans le rest-of-Québec, le chemin de la raison et du compromis efficace et équitable. Pour l’instant, chapeau à Mario et merci, en passant, de nous avoir foutu patience avec les frilosités déraisonnables, pendant et depuis la campagne. Bravo aussi à Monsieur Charest pour le Conseil des Ministres. J’aime bien voir aller Madame Beauchamp, d’ailleurs. Rivale potentielle très sérieuse de Monsieur Couillard, à mon avis. Pragmatique la madame. That’s the way. Notez que je n’ai strictement rien contre le bon docteur, comprenez-moi bien, mais je lui trouve de plus en plus un je-ne-sais-quoi de technocratique qui pourrait bien lui jouer des tours au mauvais moment. Ça peut changer bien sûr, d’autant que Monsieur Charest est manifestement très loin d’avoir rendu les armes.

3. Vive le péage!

4. Non à la proportionnelle par contre, et aux autres fuites en avant de nos castors bricoleurs sur l’acide. On ne guérit pas de la désillusion en construisant de nouveaux mirages. Diable, c’est presque beau à dire. Mais ça vaut aussi pour Mario. La constitutionnite, tout comme les ixièmes réformes de structures, ça participe trop souvent du même genre de pensée magique, et je présume que Mario comprend ça, au-delà de la rhétorique populiste. Il faut se méfier de la tendance techno-légaliste du satané “social engineering” que nous n’avons pas su mettre à sa place comme d’autres l’ont fait dans les dernières décennies. Je ne suis pas néolibéral, n’en déplaise aux socialistes de tout poil, mais je leur donne ça, aux Hayek, Friedman et compagnie: une société, ça ne se bricole pas comme un meuble IKEA. C’est un tantinet plus complexe. Si l’État est un outil qui peut faire plein de bonnes choses, il se compare néanmoins beaucoup mieux à une grosse masse qu’à une scie de finition. Alors il faut manier avec soin, si on veut pas se faire des bleus.

5. Ségolène quant à elle, comme André Boisclair d’ailleurs, n’a pas réussi sa modernisation de la gauche. Beaucoup d’espoirs j’avais, quand elle citait JFK l’an passé, mais c’est en février dernier que j’ai commencé à mieux comprendre, quand elle a décidé de promettre une hausse du salaire minimum de 20%. Et après ça, on a quand même dit d’elle qu’elle se préoccupait de la dette. Non mais. Si c’était vraiment le cas, on ne doit pas foutre encore plus de monde au chômage, il me semble. Ou pire, si le chômage reste stable parce qu’il est déjà si haut, on ne dope pas l’inflation pour le plaisir. Même à supposer que la banque centrale dorme sur l’interrupteur (ouais, bon, on se comprend), à 20%, Anne ma soeur Anne, ne voyez-vous point de spirale venir? Les boulangers, eux, ils vont demander combien? Parce que le prix de la baguette en France, ça fait rouler des têtes, c’est bien connu. Alors si c’est pour tout reperdre en pouvoir d’achat, il va se brûler de la Renaut tantôt. Remarquez, j’ai jamais été très fort en macro. Mais si j’étais Français, je travaillerais pour Bayrou maintenant. Le PS, c’est une job pour Saint-Jude. En passant, Besancenot, le communiste révolutionnaire, il est facteur. Jour de fête.

6. Je ne comprends pas pantoute la position de mon chef au fédéral sur l’Afghanistan. Sorry. C’est peut-être de la bonne “politics” à court terme, mais je ne vois pas comment ce pourrait être de la bonne “policy”. Notre crédibilité internationale a assez souffert de notre chicherie militaire, y’m’semble, que quand on a l’occasion de donner l’exemple d’un pays qui assume ses responsabilités internationales sans pour autant se faire justice en lone ranger, on devrait en profiter. Multilatéralisme, droit international, ce n’est plus notre tasse de thé maintenant? Parce que sinon, qu’on arrête de nous faire pleurer avec notre rôle dans le monde. Un peu de cohérence parfois, ça pourrait nous r’monter le canayen. Mais j’ai probablement mal compris. Denis Coderre disait récemment que c’est une mission de l’ONU et de l’OTAN, et qu’on n’a pas à décider unilatéralement de rester. J’aurais crû que ça veut aussi dire qu’on n’a pas à décider unilatéralement de se retirer non plus. Mais j’ai probablement juste la tête trop fatiguée pour voir la lumière.

7. D’ailleurs, si j’avais quelque chose à demander à Monsieur Dion, c’est pourquoi il ne cherche pas plutôt à remplir le vide que l’incompétence des conservateurs laisse en plein centre de l’échiquier politique, au lieu de concurrencer un peu trop souvent l’insoutenable légèreté du NPD. Le libéralisme économique, c’est du libéralisme aussi, en passant. Hors la péréquation, parler de justice sociale coast-to-coast, ce devrait être surtout parler de mobilité inter-provinciale des personnes. Il serait temps de laisser les provinces s’occuper de leurs affaires. On pourrait-y aussi mettre la pédale douce sur le complaisant et disgrâcieux Bush-bashing qui accompagne systématiquement nos critiques des conservateurs? La présidence américaine c’est un choix démocratique que je sache, alors traiter nos voisins de bande de zombies qui élisent des idiots, c’est pas très winner il me semble. Bravo par contre pour la remise à sa place de Monsieur Trudeau fils. Ce qu’on peut être masos, nous, parfois, d’autant que les conservateurs se débrouillaient très bien pour s’enfarger dans la dualité linguistique. “Centralists and separatists”, qu’il disait, Stephen Harper. Est-il vraiment le seul à voir l’analogie? Le dogmatisme, en effet, peut avoir plus d’un visage.

7a. Au fait, si c’est si confus, le déséquilibre fiscal, est-ce vraiment une raison pour dire que ça n’existe pas, ou si c’est pas plutôt une raison pour clarifier le concept? Monsieur Dion? Ça prend-y tant la tête à Papineau pour comprendre que c’est d’abord et avant tout un déséquilibre politique, et en particulier au Québec parce qu’en français, on porte naturellement son attention vers Québec d’abord, Ottawa venant en second, alors que c’est l’inverse ailleurs? Mais pourquoi de toutes façons ce serait toujours le fédéral qui aurait le choix du meilleur rôle? Bon, je veux bien qu’on craigne la décomposition à trop décentraliser, mais se cogner la tête sur un mur à répétition, ça peut aussi finir par faire mal, non? Le PQ est peut-être en berne, mais la chicane est pas finie pour autant… Souhaitons qu’elle nous ravigote plus qu’elle ne nous décourage encore de poursuivre la route ensemble.

8. Sous-traitance. Système mixte en santé, et maintenant en transport collectif. Encore une fois, c’est Mario qui se positionne pour brasser cette foutue cage qui nous fait couler au fond du Saint-Laurent. Mais si Pauline peut ouvrir le PQ sur un dégel des frais de scolarité, nous au PLQ, on pourrait pas s’ouvrir un peu sur la liberté d’entreprise? C’est pas quelque part dans nos principes au fait? Et l’article 45, c’est-y pour rien qu’on l’a dégommé? Comprenons-nous bien. Je suis tout-à-fait en faveur du droit de grève, et je n’ai strictement rien contre les syndicats. Mais normalement, toutes les parties doivent avoir quelque chose à perdre à ce genre de jeu, et l’on sait trop bien que ce n’est pas toujours le cas. Rappelons-nous aussi que le transport en commun, c’est plutôt important dans la bataille contre le réchauffement planétaire, alors aussi bien satisfaire le client d’abord, et ça, la concurrence s’en charge mieux que les monopoles, right?

9. Faites-moi pas brailler avec Olymel non plus. Ni avec Alcan. La mondialisation c’est un excellent truc, tout bien considéré, c’est-à-dire malgré quelques effets secondaires plutôt fâcheux. On peut prendre les moyens qu’il faut pour réduire ces effets négatifs, bien sûr, mais il ne s’agit surtout pas de jeter le bébé avec l’eau du bain.

10. Excusez le style télégraphique, quoique c’est peut-être mieux comme ça. Pas trop mon genre par contre, mais trop occupé pour faire autrement. De retour bientôt quand même. Je ne jette pas l’éponge non plus.

11. Ah oui, j’allais oublier. La commission Bouchard-Taylor, et l’épisode “quelle surprise un souverainiste”. Qui n’avait pas compris encore que la meilleure façon de calmer le jeu, c’était de choisir des commissaires pour qui l’insécurité culturelle et le “malaise de la modernité” sont le fonds de commerce? Si un sociologue nationaleux et un philosophe communautarien s’entendent pour dire que l’immigration et l’interculturalisme c’est beau, c’est fin et c’est progressiste, on s’entend-y que ça passera mieux que si c’était des libéraux, des universalistes, ou pire encore de méchants économistes dans mon genre, qui viendraient nous dire que c’est avantageux des fois de ne pas avoir peur des autres, et d’en profiter plutôt pour pratiquer le “doux commerce”? C’est pas de Jacques Tati, celle-là, mais de Montesquieu. Comme quoi la France, c’est pas qu’un taux de chômage et des bagnoles en feu.

12. Dernière heure dans notre belle politique spectacle. Un excellent budget de Mme Jérôme-Forget (je suis d’accord de A à Z avec Alain Dubuc ce matin), une partie de testostérone un peu grossière (André Pratte est déchaîné aussi, et il n’a pas tort du tout), mais surtout, il me semble, une occasion en or pour Mario de se donner la véritable stature d’un homme d’État en reculant stratégiquement, y compris voire surtout en acceptant de perdre un peu la face, mais en coupant l’herbe sous le pied, à la fois de Monsieur Charest qui veut évidemment récupérer les libéraux économiques plus pressés, mais aussi de Madame Marois, qui n’a comme seules vraies cartes que son expérience et sa maturité au regard de l’électeur médian. Plus il le ferait vite, d’ailleurs, en montrant qu’il ne jouera pas avec la roulette russe trop longtemps, plus Monsieur Dumont montrerait du coup à quel point les intérêts supérieurs du Québec priment, dans son livre, sur son propre agenda électoral. Le courage passe parfois par l’humilité, et un an, c’est vite passé. À l’inverse, la rengaine de la “vieille politique” risque de revenir le hanter par la porte d’en arrière, surtout si le PQ n’a pas, lui, la prudence de s’absenter de la chambre à point nommé. D’autant que si le PQ doute et cligne des yeux, Madame Marois perdrait peut-être ainsi sa meilleure chance de prendre une majorité avant que ça se batte à grands coups de rame dans la chaloupe, comme disait Mario, une chance que celui-ci ne devrait peut-être pas offrir à Pauline sur un plateau d’argent. Mais bon, je ne suis pas conseiller de l’ADQ après tout.

Ciao pour tout de suite.

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