N’importe quoi, sauf le PQ
Pas plus con qu’un autre, je vais essayer dans les trente prochains jours de mettre mon grain de sel dans la campagne. Un tout petit grain bien sûr, puisqu’à la fréquence où je publie mes billets, trop longs par surcroît, pas assez punchés, et dénués de cloches et de sifflets, comme on dit chez les tommys, mon lectorat doit être bien mince. Au minimum, ce sera un bon training de blogueur, j’espère, et j’en ai grand besoin. Comme je ne me présente pas pour devenir premier ministre, il est sans doute plus facile pour moi d’admettre que j’aie encore des choses à apprendre.
D’emblée, je l’annonce à ceux ou celles qui ne le sauraient pas encore: je suis membre en règle du Parti Libéral du Québec, et j’espère sincèrement que Monsieur Charest obtiendra un second mandat. Mais je suis un citoyen avant d’être un partisan, même qu’à ce dernier égard on pourrait facilement me traiter de girouette ou de vire-capot. Or je m’assume. J’ai été péquiste de 1978 à 1982, et j’ai été membre d’Option citoyenne avant qu’elle ne fusionne avec l’UFP pour faire naître Québec solidaire, c’est-à-dire avant que ce parti n’adopte officiellement une conception profondément rétrograde d’une gauche qui aurait mérité tellement mieux.
Or voici maintenant où j’en suis: il m’apparaît plus que jamais évident que le Parti Québécois est devenu une grave nuisance pour l’ensemble de notre société, et il faudrait bien qu’il soit mis de côté par les québécois plus tôt, plutôt que plus tard, pour donner une vraie chance à une dynamique politique plus saine de s’installer dans notre coin de continent. Je pense que le passage à l’histoire du PQ première mouture a globalement servi l’intérêt des québécois en complétant le travail de la révolution tranquille, c’est-à-dire en donnant confiance pour de bon, en ses propres capacités, à la majorité francophone. Oui donc, ils et elles pouvaient faire aussi bien que les autres et décider eux-mêmes de leur avenir.
Dès le 21 mai 1980 pourtant, après avoir rempli avec succès cette mission historique, il fallait redevenir un parti politique au service de l’ensemble de la population, et pas seulement des souverainistes déçus. René Lévesque avec le beau risque, puis Pierre-Marc Johnson avec l’affirmation nationale, nous ont montré tous les deux qu’ils l’avaient compris. Mais pas le Parti Québécois, qui a plutôt choisi, contre les plus éclairés d’entre les siens, d’entretenir une alliance extrêmement malsaine entre les rêves de certaines “minorités agissantes” d’une part, des rêves donc de voir leur influence grandir dans une bureaucratie québécoise promise à devenir de plus en plus tentaculaire si le projet de pays l’emportait, et les rêves d’autre part d’une vie meilleure de tant de québécois, des rêves cette fois que les minorités en question s’affairent depuis trop longtemps à utiliser par la pire des démagogies, pour vendre l’espérance d’un nouveau paradis terrestre au lendemain de l’indépendance, dans leur propre intérêt. Que voilà un désolant marketing politique qui surfe sur les frustrations des québécois de façon mille fois plus dommageable que les petites dérives populistes d’un Mario Dumont qui ne ferait pas de mal à une mouche. Et dire que je ne suis même pas Adéquiste.
Le caractère de nuisance publique du PQ ne fait pas d’ailleurs ses ravages qu’en surface. Bien sûr, il y a ce petit jeu corporatiste qui date de la belle époque dont se rappelleront les vieux de la vieille, quand Lévesque décidait du sort du monde avec Marcel Laberge autour d’une bonne bouteille de scotch. Ces petits copinages sont en effet devenus la norme chez les péquistes jusque dans le magistral fiasco auquel devait aboutir le projet de la Gaspésia, symbole le plus parlant, s’il en est, de ce que nous promet encore le PQ pour l’avenir. On a d’ailleurs entendu André Boisclair questionner du bout des lèvres cette malsaine proximité pour être aussitôt ramené à l’ordre par les vrais patrons du parti. De fait, leur toute chaude plate-forme électorale ne laisse plus aucun doute quant à un prétendu renouvellement qui n’aura finalement été que de la poudre aux yeux.
Mais ce petit jeu, et disons-le sans détour, ce petit planisme à la soviet qu’on nous fait passer du modernisme, est responsable pour une très large part de l’état proprement lamentable d’une situation économique que les Ministres des Finances ne peuvent jamais reconnaître clairement sous peine d’effrayer encore plus d’investisseurs. Il faut bien comprendre que la force politique de cette convergence d’intérêts contraire à l’intérêt général est d’autant plus grande qu’elle maintient le Parti Libéral du Québec depuis plus d’un quart de siècle dans le rôle particulièrement ingrat de celui qui se bat contre des rêves.
D’ailleurs, si les Libéraux ont dû renoncer à faire aussi rapidement qu’ils l’espéraient le véritable ménage économique qui s’impose toujours et que l’ADQ défend encore comme elle peut, ce n’est pas parce que leur point de départ était trop idéologiquement campé à droite, comme le ressassait sans surprise jeudi Bernard Descôteaux dans son premier éditorial de la campagne. C’est au contraire parce que les corporatismes de tout acabit qu’a su conscrire si habilement le projet péquiste ont réussi depuis trente ans à faire passer leur programme réactionnaire pour une politique de centre-gauche qui serait viable et progressiste. C’est à ce niveau que se révèle, enfoui plus profondément dans les raccourcis idéologiques, le tort le plus pernicieux qui aura accompagné l’entêtement péquiste à nous enfermer à grands frais de maternement étatique - pour ménager ses alliances - dans le mythe de la rédemption par l’indépendance.
Comme l’indique de manière assez patente, en écorchant au passage ma naïveté de croire qu’il soit encore permis de penser par soi-même en ce pays, comme l’indique donc la réplique indignée d’un jeune blogueur “en colère” à l’un de mes commentaires chez un collègue plus pondéré, beaucoup trop de praticiens des sciences humaines d’ici - comme en France d’ailleurs: voir le magnifique numéro hors-série Janvier-Février du magazine Le Point sur le libéralisme, un vrai bijou présentement disponible en kiosque, et la brève entrevue de Raymond Boudon à cet égard - persistent à confondre l’opposition gauche-droite avec leur propre opposition corporatiste à un individualisme qui soutient, faut-il le rappeler, non seulement le libéralisme sur le plan philosophique, mais surtout la dure concurrence que font les économistes aux autres sciences sociales pour l’attention publique et les fonds de recherche qui viennent en prime.
C’est bien pourquoi les idées reçues, dans trop de pages du Devoir comme dans trop de nos classes d’histoire, de sociologie ou de science politique, contribuent fortement à alimenter une énorme confusion entre ce qu’est la gauche d’une part, qui se définirait d’abord par ce qu’elle vise si elle voulait garder sa cohérence, et d’autre part un interventionnisme étatique qui n’y trouve pourtant qu’une justification instrumentale fort limitée. L’équation conceptuelle si convenue entre la gauche, l’état hyperactif-maternant et la société bienheureuse, est en effet tout aussi illégitime que celle qui identifie la droite au souci des libertés individuelles et à l’efficacité des marchés. Mais en associant progrès et bureaucratie, ces fausses équations sont bien les charnières qui articulent un projet politique éminemment discutable aux mythes qui servent une intelligentsia subventionnée essentiellement par la contrainte fiscale. Qu’on y voie encore quelque mérite sans plus d’esprit critique, et d’abord parmi les plus éduqués d’entre nous, voilà qui est carrément désespérant, et où nous aura sans doute mené la haine de ce monde d’en-bas dont les curés d’antan ont marqué les esprits des têtes grises du PQ et de leurs élèves dociles. Car c’est bien connu: le ciel est bleu, et l’enfer…
En ce sens, et à moins bien sûr d’adhérer, comme on s’accroche à l’alcool ou au jeu compulsif, aux vieux dogmes marxistes ou à une version particulièrement grossière du keynésianisme, il est impossible en 2007, armé d’un minimum de logique économique, de prétendre sans rire qu’un programme comme celui du PLQ puisse être taxé de droitisme, peu importe d’ailleurs qu’il s’agisse du programme actuel ou de celui de 2003. Si la “réingénierie”, par-delà l’imagerie discutable, a relativement échoué, c’est au contraire parce qu’elle heurtait de front de trop gros intérêts; or ce sont toujours les plus vulnérables d’une société qui paient le prix de privilèges aussi puissants. C’est encore la même confusionnite nombriliste et intéressée qui s’est érigée en tribunal politique lorsqu’il s’est agi du Manifeste pour un Québec lucide, qu’on a associé à la droite de manière tout-à-fait arbitraire, voire intellectuellement malhonnête. À l’inverse, parce qu’on n’a pas su reconnaître le point où leur productivité sociale devenait négative à la marge, nos politiques hyper-subventionnistes, notamment en santé et en éducation, sont devenues les voies royales d’un appauvrissement collectif que ne pourrait soutenir une gauche le moindrement pragmatique. Mais que d’efforts par contre, pour échafauder des théories qui n’ont jamais pour fonction que de dédouaner l’irresponsabilité complaisante de nos hordes d’idéalistes convaincus! Ça on sait faire!
Pourtant, n’en déplaise aux idéologues jovialistes de l’Institut du Nouveau Monde et autres défenseurs d’un modèle québécois qui se lézarde à vue d’oeil, les difficultés qui pointent à l’horizon sont d’une telle ampleur que cette résistance au changement, que le PQ continue d’encourager au nom d’un rêve qui tourne au cauchemar à vitesse grand V en nous déchirant toujours et encore contre nous-mêmes, est bien le plus sûr moyen de fragiliser nos défenses contre un retour éventuel du capitalisme sauvage. Mais ceux qui s’en mordront les doigts - comme si on ne leur avait pas assez dit - ne seront pas ceux qui en souffriront le plus, malheureusement pour ces derniers. Il est temps d’en découdre. Alors dehors, le PQ!
Commentaires
Comment de Louis
Date: 28 février 2007, 5:34
Absolument en désaccord. Le programme du PLQ est tout à fait à droite, et c’est le néolibéralisme qui est un échec. Aucun pays l’ayant appliqué a amélioré les conditions de vie des plus pauvres. Le modèle québécois, au contraire, est une réussite de la social-démocratie et il faut le protéger.
Comment de Yvan St-Pierre
Date: 1 mars 2007, 10:58
Merci de votre commentaire, et merci surtout d’utiliser un ton plus respectueux que dans votre réplique à mon égard chez le collègue Coquillage. Comme on dit dans la langue de Shakespeare, “we can disagree without being disagreeable”.
Maintenant, j’avais bien compris, comme je le disais dans ce billet, que vous étiez en désaccord avec mon analyse. Mais de mon point de vue, vous commettez plusieurs erreurs et/ou confusions qui expliquent probablement que nous n’utilisions pas le même vocabulaire, ce qui rend bien sûr notre compréhension mutuelle assez difficile. Remarquez, ce pourrait bien être moi qui fasse erreur, évidemment, mais c’est à vous alors qu’il reviendra de m’indiquer de quelle façon. C’est à ce seul prix qu’un véritable dialogue est possible, à supposer que ça vous intéresse.
Passons à la substance de vos affirmations. Je garde la référence à l’axe gauche-droite pour la fin, parce que c’est certainement la question la plus difficile, vu la complexité des positions idéologiques que cette simplification prétend projeter sur une seule dimension. Voyons plutôt, d’abord, votre utilisation des termes “néolibéralisme” et “social-démocratie”, qui sont des concepts qui ont malheureusement perdu en précision ce qu’ils ont gagné en popularité. Je vous dirai ensuite ce que je pense du jugement de fait que vous portez à l’égard des expériences que vous classez en fonction de cette opposition, y compris celle du “modèle québécois”, et on verra bien si on peut au moins s’entendre sur la nature de nos désaccords, ce qui serait déjà pas mal, non?
Primo, donc, le “néolibéralisme”. Il y a aujourd’hui au moins trois sens, et je dis bien “au moins”, trois sens à ce terme. Au sens le plus strict et le plus près de son origine réelle, il s’agit d’une version fondamentaliste du libéralisme économique, dont les principaux promoteurs sont les Milton Friedman, Friedrich Hayek et James Buchanan (ce dernier étant le premier “fellow” que nous présente l’Institut Économique de Montréal sur son site, dire de celui-ci qu’il est un think thank néolibéral m’apparaît tout-à-fait légitime), et ce fondamentalisme s’est développé en réaction surtout à des versions du libéralisme jugées un peu “bâtardes” parce qu’elles conservaient une sympathie plus ou moins grande pour l’action syndicale et l’intervention de l’État dans l’économie, au-delà en tous cas de la seule défense du droit de propriété. Je ne doute aucunement que vous savez tout ça, mais il faut mettre de l’ordre dans la conversation au départ, si on veut vraiment se comprendre.
Un autre sens du mot “néolibéralisme” est cependant très courant, et il recouvre cette fois la “méthode” économique appliquée au Chili à l’époque du général Pinochet, de même que par les institutions financières internationales à l’égard des pays en voie de développement, tout au moins durant une certaine période et dans certaines circonstances. Il n’est pas encore clair si cette période est vraiment terminée ou si on n’attend qu’une autre crise pour se remettre aux remèdes de cheval, mais vous ne trouverez plus beaucoup d’économistes aujourd’hui pour défendre la vente de feu de services publics qu’on a pu imposer aux pays pauvres par le passé, en particulier en matière de santé et d’éducation. Cependant, il y a ici le point de départ d’un glissement de sens important: d’une école de pensée spécifique selon laquelle le rôle de l’État devait être minimisé, on passe à un ensemble de toutes sortes de pratiques, dans le contexte d’une dictature notamment, voire dans celui d’une stratégie de développement que plus personne de crédible ne soutient sérieusement.
La conséquence, cependant, de ce glissement, c’est qu’on a élargi enfin le sens du mot à quelque chose qui n’a plus grand chose à voir avec ses origines, en associant le caractère excessif de ces pratiques à toutes les idées qu’on a utilisées pour les justifier, et ce troisième sens recouvre alors aussi la prémisse générale du libéralisme économique tout court, c’est-à-dire la croyance que si l’État a un rôle important à jouer dans l’économie, il ne peut y arriver de manière efficace qu’en complémentarité avec le marché, et pas juste en mettant des bâtons dans ses roues. Or si dans le sens originel du mot, on pouvait très bien être libéral sans être “néolibéral”, dans ce troisième sens c’est devenu impossible. Comme on n’a plus de mots pour distinguer les deux choses, et comme le néolibéralisme c’est bien sûr toute la cruauté d’Augusto qui bouffe de la classe ouvrière au petit déjeuner, alors seuls les marxistes sont de véritables êtres humains qui méritent d’exister. Jolie tentative de leur part, mais moi je n’achète pas cette salade moralisatrice.
À l’inverse d’ailleurs, le mot “social-démocratie” a connu un destin tout-à-fait semblable, alors qu’il s’agissait au départ de rendre le projet socialiste, c’est-à-dire le remplacement de la libre entreprise par la planification d’État, plus compatible avec la liberté politique qui vient avec la démocratie. En d’autres termes, la social-démocratie tient historiquement à l’idée qu’il serait plus efficace de convaincre les gens de renoncer à leur liberté économique avec des mots plutôt qu’avec des fusils. Cette idée a un certain mérite en effet. Mais à sa face même, elle reste un peu déplaisante, à moins qu’on puisse démontrer que cette liberté économique individuelle est elle-même une nuisance pour une majorité de citoyens de tous les pays.
Alors premier glissement de sens: la social-démocratie devient équivalente au “welfare state”, à l’État-providence, à l’universalité des programmes sociaux. Mais ces pratiques se sont pourtant développées comme des compléments au libre-marché, alors qu’on les interprète au contraire comme des gains politiques à l’encontre de celui-ci. Or comme on ne veut pas en discuter à ce niveau un peu technique, on fait glisser le sens, encore une fois, vers quelque chose qui ne permet plus de faire des distinctions, et on identifie la social-démocratie à l’espace tout entier qui se situe entre le tout-au-marché et le tout-à-l’État, entre le néolibéralisme dans son sens originel donc, et le socialisme qui s’assume. Ne reste qu’à laisser le néolibéralisme recouvrir d’un coup toutes les variantes plus modérées du libéralisme, et abracadabra! Québec solidaire et le Venezuela sont de centre-gauche (sic) et forment les derniers remparts de l’économie mixte. Non mais. Vous vous y êtes laissé prendre on dirait. Enfin, ce n’est que ma perspective. Vous me corrigerez, j’en suis sûr, pauvre ignorant que je suis.
Conséquences dans la réalité de la planète politique: le néolibéralisme en tant qu’école de pensée reste sans doute bien vivant et conserve une certaine influence, mais son application directe ne fonctionne pas, vous avez bien raison. Le problème c’est que l’économie libérale au sens plus large, lorsqu’elle est accompagnée d’une solide culture démocratique, fonctionne de mieux en mieux partout où elle est bien installée, et qu’il reste de moins en moins de lieux susceptibles de laisser fleurir les espérances socialistes, peu importe qu’elles se cachent ou non derrière la rhétorique qui vous a apparemment convaincu. Cependant, il reste des désaccords sur le mix idéal de marché et d’État, et c’est bien normal. Ces désaccords sont pourtant beaucoup moins tranchés que vous ne semblez le croire, et il s’y trouve amplement de place pour faire bien des nuances.
Le “modèle québécois” se tient quelque part dans ce débat, c’est-à-dire quant au “comment” l’État et le marché s’y complémentent, de fait. Le font-ils de manière efficace? Le font-ils de manière équitable? Pour prétendre que ce modèle est une réussite de quoi que ce soit, il faut répondre oui à l’une, au moins, sinon aux deux questions, non? Quand je dis qu’il se lézarde, je veux dire que s’il est maintenu tel quel, nous allons tôt ou tard devoir répondre non aux deux questions à cause de son inefficacité actuelle, à preuve notre incapacité à attirer autant d’investissements et à retenir autant d’immigrants que nos voisins alors que tout est déjà à plus bas prix chez nous. La montée d’une droite plus intolérante, aujourd’hui, en est d’ailleurs un signe assez puissant - quand on est prospère on a moins peur des autres - pour qu’on regarde ça en face au plus sacrant, au lieu de fuir en avant dans le projet souverainiste. Je ne dis pas qu’il faut tout balancer par-dessus bord, évidemment, je dis que ça prend de très sérieux ajustements et qu’il faut arrêter de s’imaginer que ça va se faire tout seul
Je termine donc cette très longue réponse - mes excuses mais je suis comme ça - en revenant à cette histoire de gauche et de droite. Vous savez sans doute d’où nous vient cette opposition, avec les bourgeois commerçants à gauche et la noblesse terrienne à droite du président de l’assemblée à l’époque de la révolution française. Or si les socialistes du XIXe siècle se sont parés des idées de progrès et de justice sociale qui marquaient la révolution bourgeoise, c’est au nom, vous l’avez bien dit, de l’amélioration relative de la situation économique des plus pauvres. Je dis relative parce qu’il ne s’agit pas seulement, vous en conviendrez, d’augmenter le pouvoir d’achat des pauvres, mais de diminuer aussi l’inégalité économique.
Le problème, c’est que la science économique a démontré de toutes les manières possibles et imaginables que la liberté des marchés est un ingrédient essentiel (pas le seul évidemment) de l’augmentation du niveau de vie des plus pauvres, et même de la diminution des inégalités. Tout est dans le “comment” on y intervient, dans la nuance des politiques, dans le fait qu’on collecte et qu’on investisse des fonds publics de telle manière plutôt que de telle autre. Et il y a bel et bien des arguments de gauche qui justifient qu’on fasse plus de place à la liberté des marchés là où l’État se met lui-même des bâtons dans les roues, comme il le fait présentement encore trop chez nous, à toutes sortes d’égards. Rappellons-nous que le PLQ est le parti de la révolution tranquille, que c’est le berceau de René Lévesque. C’est un parti qui s’est tassé sur sa droite, je ne vous dis pas le contraire, mais c’est d’abord parce que le PQ est allé chercher les duplessistes nationalistes qui se sont mis en attente de la république, ce qui a ouvert la droite au PLQ en affaiblissant l’Union nationale. Or ces gens-là rejoignent aujourd’hui l’ADQ - enfin! - en s’apercevant que pendant qu’ils attendent, leur Québec blanc et catholique est en train de prendre des couleurs qu’ils n’aiment pas tellement. C’est une occasion en or de réactiver en effet l’axe gauche-droite de manière plus claire, avec le PLQ de retour sur sa gauche, et l’ADQ en meilleure posture à droite.
En dernière analyse, il est très clair pour moi que ceux qui y gagneront le plus, ce seront les moins nantis et les générations futures. L’attentisme actuel nuit à notre prospérité collective, et celle-ci reste le meilleur allié des moins puissants de notre société. Je respecte donc bien sûr votre probable désaccord à cet égard, mais je ne vois rien de votre côté qui ressemble à un argument qui puisse me convaincre de voir les choses autrement.
En vous remerciant encore.
Comment de Marc
Date: 2 mars 2007, 3:43
“we can disagree without being disagreeable”.
Ouff!! j’ai de la misère avec celle-là ! lol

Commentez cet article, ou insérez un lien (trackback) de votre propre site.