Des pommes avec des pommes, s’il-vous-plaît!
Le chef du PQ cherche à faire du millage sur un dégel éventuel. Qui s’en surprendra. Mais prenons tout de même la mesure de la réaction d’André Boisclair et de Camil Bouchard à l’engagement Libéral envers un dégel extrêmement modeste pour ce qu’elle est: une rhétorique complaisante et biaisée qui joue la guéguerre de chiffres à défaut d’arguments. Monsieur Legault nous y avait préparé lorsqu’il faisait son hypothétique et jovialiste budget d’un Québec souverain truffé de passe-droits intellectuels. Voyons maintenant ce qu’il en est de la chemise déchirée de ces Messieurs.
On doit bien s’entendre qu’il faut comparer des pommes avec des pommes. Le Ministre Fournier s’engage avec son parti, dit-il, à ajouter 1 milliard sur 5 ans pour 100 millions demandés aux étudiants comme contribution supplémentaire. Alors crac la chemise: ce milliard est à 80% constitué par l’augmentation des coûts, grosso modo avec l’inflation. En d’autres termes, il n’y pas pour 1 milliard de dépenses susceptibles d’augmenter la qualité de l’éducation, mais 800 millions pour la maintenir au même niveau, et le reste seulement pour l’améliorer.
Le problème c’est que cette indexation, ce maintien de la qualité, est bel et bien une dépense, et il est tout-à-fait légitime de se demander pourquoi elle devrait être entièrement payée par les contribuables plutôt que par les utilisateurs, en proportion de leur propre contribution. On doit donc comprendre que l’élément crucial de cette guerre de chiffres est la base de comparaison: comment les choses se passeraient-elles si l’on maintenait le statu quo? Et c’est là qu’il faut choisir. Ou bien on définit le statu quo par un gel, celui de la contribution étudiante mais aussi celui de la contribution des autres. C’est ce qu’a fait le PLQ. Ou bien on le définit par un maintien de la contribution réelle exigée, c’est-à-dire indexée pour l’inflation des deux côtés de l’équation. J’y reviens tout de suite. Mais ce que fait le PQ, ce n’est ni l’un ni l’autre. On y définit le statu quo par la baisse relative de la contribution étudiante qu’implique un gel en dollars courants, ce qui est conceptuellement incorrect. C’est prendre sa conclusion quant à une évolution qui devrait se poursuivre comme définition de ce qui se poursuivrait en l’absence d’une telle conclusion. Je ne dirai pas qu’ils mentent - ils se peut bien qu’ils ne comprennent pas ce qu’ils font (non, non, ça se peut, il faut être bon joueur) - mais ils induisent tout de même en erreur leurs électeurs éventuels.
Le principe ici, c’est simplement d’avoir une représentation du statu quo qui soit en équilibre: une intervention gouvernementale telle que le mix des différents éléments, le partage donc de la tarte des coûts comme celle des avantages, ne changerait pas pendant le mandat à venir. Si vous dites que la fraction des coûts assumée par les étudiants doit continuer de descendre, vous faites exactement le contraire - vous supposez un statu quo en déséquilibre, ce qui n’a aucun sens puisque vous modifiez votre intervention en cours de route en augmentant la proportion fournie par les contribuables. C’est pourquoi il faut choisir entre une base zéro, par exemple, qui suppose simplement qu’on compare les dépenses en dollars courants du gouvernement et celle des étudiants entre les deux années choisies. Ou alors on suppose que l’inflation doit être couverte pour maintenir le statu quo réel: or le point de référence ne peut alors être le gel lui-même, mais bien des frais indexés.
Prenons cette seconde manière correcte maintenant de comparer des pommes avec des pommes. Si vous voulez regarder le coût de l’augmentation de la qualité, vous n’aurez que vos 200 millions du gouvernement, mais une part de couverture de l’augmentation des frais de système devra aussi être imputée à la contribution étudiante. Ici, on a deux chiffres dont peut-être aucun n’est le bon, et je n’irai pas séparer le bon grain de l’ivraie parce que je n’ai pas le temps, mais je vais les essayer tous les deux. Juste pour voir comment les “mensonges” peuvent être à géométrie variable. Si la contribution étudiante est de 6%, comme le disent les Libéraux, alors 6% de 800 millions, c’est la moitié des 100 millions demandés aux étudiants. C’est donc 50 millions qu’il faut comparer aux 200 millions (inclure les Cégeps est tout-à-fait correct d’ailleurs, du moment qu’on tient compte de la contribution de tout le monde aux deux niveaux).
Ç’aurait été une bonne manière de critiquer la proposition Libérale. On aurait pu dire que le gouvernement actuel demande aux étudiants de faire leur part dans le maintien de la qualité de leur éducation, ce que le PQ juge apparemment inacceptable, et que s’il est ré-élu ce gouvernement n’offrira aux étudiants que 4 dollars plutôt que 10, pour chaque dollar de plus qu’il leur demandera, en vue d’améliorer la qualité de leur diplôme. Or, le PQ suggère que ce n’est pas 6% mais bien 16% que les étudiants contribuent. D’accord. Il faudrait donc partir d’une contribution étudiante indexée par 16% de 800 millions, soit 130 millions, ce qui voudrait dire qu’en fait, non seulement les Libéraux ne demanderaient pas un seul sou de plus aux étudiants pour améliorer la qualité de leur éducation, pendant que le gouvernement y investirait 200 millions, mais que celui-ci leur ferait un cadeau de 30 millions sur la contribution qu’ils devraient fournir pour couvrir l’augmentation des coûts de système. Intéressant, non? Aaaah les chiffres…
En passant d’ailleurs, et n’en déplaise aux péquistes, ce n’est pas de taxation de la matière grise qu’il s’agit. D’abord diminuer ou simplement arrêter de laisser augmenter une subvention, ce n’est pas taxer, mais l’essentiel n’est pas là. Ce n’est pas le travail de la matière grise que l’augmentation des frais découragerait, au contraire, c’est le temps qu’elle passe à faire autre chose qu’étudier… Le raisonnement économique de base ici, c’est que le coût de renonciation de votre temps augmente lorsque les frais sont plus élevés. Alors on est incité à échanger l’heure qu’on aurait passée autrement à regarder le Canadien se faire battre par une heure à faire travailler bien mieux sa matière grise. Et ça, c’est à l’avantage de tout le monde. Les diplômés n’en gagneront que plus d’argent et ne paieront que plus d’impôts plus tard. Sans parler de la bière qu’ils auront épargnée. C’est-y pas beau ça?

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