Bin oui. Encore des grandes questions.

31 décembre 2006 (15:21) | Ce blogue et d'autres, Politique, Économie | anglais

Aujourd’hui je serai bref. Bon, relativement bref. Après les quelques articles épars que j’ai publiés depuis que j’ai pignon sur la Toile, confronté à mon difficile apprentissage de la bloguerie, j’ai décidé d’orienter mes dernières idées de 2006 vers… 2007.

Histoire sans doute d’attendre à l’année prochaine avant de me jeter dans le vif, je me contenterai simplement de faire un tour du jardin des principales questions que je tenterai d’aborder dans l’année qui vient, avec un peu de pertinence espérons-le. Deux questions principales en fait, l’une plus en profondeur, l’autre moins. Ou plutôt deux aspects de la même question, à savoir: que diable arrivera-t-il à la gauche? Côté creux, sera-t-elle enfin capable de se repenser elle-même de manière à faire face pour de bon à la réalité? Et côté bosse, comment y transformera-t-elle ses avatars, son incarnation donc dans cette même réalité?

Évidemment, je pose la question plus profonde en reconnaissant d’emblée qu’il s’y trouve quelque chose qui cloche. D’abord, l’analyse économique de gauche est plus que jamais hors-combat, et ses racines philosophiques, plongées dans l’époque des Lumières, se sont sclérosées dans la mythologie, contradiction fondamentale s’il en est avec l’idée même de progrès humain que la gauche met de l’avant. Voilà pour les profondeurs. Tout ça n’est que perspective de toutes façons, et la perspective n’est utilisable que si l’on a des objets à observer.

Alors qu’en est-il de la surface? Voici donc ce qui me tiendra en haleine cette année. Vision grand angle d’abord, je suivrai certainement ce qui adviendra autour d’au moins trois pays: la Turquie, l’Iran et le Brésil. Question qui saute aux yeux à l’égard du premier: être ou ne pas être Européen? Pas plus évident pour ce qui est des deux autres: pourront-ils suffisamment affirmer leur leadership dans leur région respective, tout en contribuant à la stabilité des rapports entre super-puissances actuelle et à venir. Deux autres questions plutôt majeures, en passant comme ça, sont de savoir comment l’Afrique finira par se débrouiller (et quelle priorité y assignera le nouveau secrétaire de l’ONU), et si le monde Arabe pourra se refaire une identité autour d’autre chose qu’Israël. Des heures de plaisir pour toute la famille, bien sûr. Et au fond de tout ça: peut-on espérer diminuer les inégalités sous-jacentes sans poursuivre une logique de radicalisation politique?

Maintenant, à une distance plus familière, je compte bien m’efforcer de déchiffrer l’évolution d’au moins quatre personnages qui m’interpellent au plus haut point. Hors-Canada, il s’agit de deux femmes bien sûr: Ségolène Royal et Hilary Clinton. Toutes deux ont déjà contribué grandement, dans leur contexte respectif, a redonner une nouvelle maturité à une vision libérale de la société, libérale au sens nord-américain du terme, s’entend. Les deux élections présidentielles en seront d’autant plus fascinantes, et notre compréhension de la direction que prendra la gauche après Tony Blair en bénéficiera également. Au pays cependant, c’est avec deux hommes que je brûle de faire plus ample connaissance: Stéphane Dion, nouveau leader des libéraux fédéraux, et Philippe Couillard, ministre québécois de la santé.

En un sens, ces deux hommes m’intéressent surtout pour ce qu’on ne connaît pas encore d’eux: seront-ils capables - le voudront-ils, même - de joindre à leurs convictions quant à l’importance du rôle de l’État dans l’économie, les actions qui permettront à l’État de jouer ce rôle efficacement? Il peut cependant sembler plus pertinent de poser cette question à propos du leader d’un parti plutôt qu’à celui d’un ministre de la santé. Plusieurs voient déjà Monsieur Couillard succéder à Jean Charest, mais ce n’est pas l’angle que je veux adopter. Me fait plutôt tiquer cette pierre angulaire de la vision traditionnelle de gauche, quant au rôle de l’État, qu’est devenu ici le système de soins de santé. Or à moins que nous n’avancions plus rapidement dans notre ouverture au secteur privé, je crains que des réflexes inévitables de rébellion fiscale ne nous enlisent encore plus dans une logique conservatrice à long terme. La gauche n’a présentement aucune idée quant à la réaction à adopter à cet égard, ce qui la rend en partie responsable des coûts sociaux des décisions prises entre-temps.

Même chose enfin, eu égard à cette autre question extrêmement significative en cette année électorale au Québec, et qui m’intéressera encore plus que la souveraineté et le prétendu prétendu déséquilibre fiscal: saisirons-nous pour de bon l’importance d’en finir avec le gel des frais de scolarité post-secondaire? Subventionner les enfants riches pour qu’ils s’enrichissent est une bien étrange façon de s’attaquer à l’inégalité économique, et le libre marché des cerveaux est riche d’informations dont notre évolution collective ne peut se permettre de se passer encore longtemps. Comment la gauche se dépêtrera-t-elle avec celle-là? Sais pas. Mais ça presse de s’aérer les esprits.

Enfin. Une bonne année à toutes et tous.

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