Le retour en grâce du “Québec-bashing”: jusqu’où ira l’extravagance?
Plus tôt ce mois-ci, le ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn s’est laissé aller à spéculer quant à l’ouverture possible d’un gouvernement conservateur majoritaire eu égard à d’éventuelles révisions constitutionnelles. Quels qu’en aient été les motifs stratégiques, ses commentaires ont généré un nouveau mouvement d’intolérance dans les médias anglophones, et notamment dans la blogosphère Libérale. Certes, j’ai pu trouver certaines discussions constructives, mais l’hostilité ouverte de trop de nos compatriotes reste à mon avis particulièrement troublante et ce, bien au-delà d’une frustration compréhensible - et partagée ici, même si c’est pour des raisons quelque peu différentes - vis-à-vis donc d’un contentieux Québec-Canada qui revient constamment hanter la scène politique, comme une épée de Damoclès qu’on voudrait tous pouvoir oublier. Je ne saisis absolument pas, tout particulièrement, comment il a pu devenir acceptable dans la discussion publique de langue anglaise, d’utiliser un terme comme “appaisement” à l’égard du nationalisme québécois. Il faut tout de même garder à l’esprit à quel point ce mot est lourdement connoté, renvoyant aux images des camps de la mort du régime Nazi ainsi qu’à celles, notamment depuis le 11 septembre 2001, des attentats terroristes les plus meurtriers. Sans doute sommes-nous plutôt mal placés pour donner des leçons de politesse, compte tenu de l’interprétation que beaucoup d’entre nous font encore des vieux conflits d’il y a deux siècles et demi, mais ça n’excuse en rien une telle inflation verbale.
Deux “Libloggers” ayant utilisé ce terme auront ainsi retenu mon attention, le premier étant à ce point exaspéré par ceux qu’il étiquette comme les “nationalistes mous” du Québec qu’il s’est même permis d’en remettre en comparant directement Brian Mulroney à Lord Chamberlain, premier ministre britannique qu’avec raison cette fois, l’histoire a jugé très sévèrement pour sa complaisance envers le régime d’Hitler. Or l’essentiel de la position du blogueur en question, David Graham - à savoir qu’il n’y ait pas de place en ce pays, somme toute, pour les nationalistes du Québec - est non seulement appuyé dans une autre discussion, ici, par un collègue qui partage apparemment son radicalisme (Lord Kitchener’ Own est son pseudo), mais celui-ci suggère même que cette attitude serait bel et bien représentative de l’état d’esprit majoritaire hors-Québec. Quelle tristesse, et combien plus triste encore si ce devait être le cas. De nouveau, dans un commentaire fait ici cette fois, un troisième blogueur (Big City Lib) en rajoutait à sa façon en suggérant que les comportements indignes qu’on avait observés à Belleville en des temps plus houleux, voire même les incantations guerrières des Réformistes les plus acharnés, n’étaient en fait que des manifestations extrêmes de sentiments tout-à-fait répandus dans une population plutôt modérée à d’autres égards, comme si cela devait rendre en soi de tels sentiments plus excusables.
